La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

682 LA RE\'UE SOCI.\LISTE Voilà pour l'épouse. La femme est encore plus mal traitée par les Pères de l'Eglise fJu'ellc ne l'avait été par la loi de Manou, par la Bible, par les philosophes et poètes helléniques ou même par les durs légistes italiques. << Souvcl'aine pc. te que la femme ! s'écrie srtinl Jean Clu·vsoslome, dard aigu du démon! Par la femme le diable a triomphé d'Adam et lui a fait perdre le paradis. » Elle est la cause cl u mal, l'auteur <lupéché, la pierre du tombeau, la porte de l'enfer, la fatalité de nos misères ». Sctint ,lntonin: << Tête du crime, arme du diable, quand vous voyez une femme, croyez que vous avez devant vous non pas un ètrc humain, non pas m(·mc une bête féroce; mais le diable en personne; sa voix est le si flet du serpent. » .'-;l(int Jeetn rie Damns : << La femme e t une méchante bourricrue, un aITeenx ténia qui a son siège dans le cœur cle l'homme; fille de mensonge, sentinelle avancée de l'enfer qui a chassé A<lamdu paradis, indomptable Bellone, C'nncmic jurée de la paix.» Saint Cyprien aimerait mieux entendre le si(/1c>nwnt clH basilic que le chant d'une femme. Saint Bonet1 1enture la compare au scorpion, toujours prêt à piquer, il l'appelle Zm·l'edu dénion. C'est aussi l'avis d'Eu èbe, ùe Césarée que la femme est la flèche cl1i diable. Pour sninl n1•é9oire le Cirand : « La femme n'a pas le sens du bien. » Saint Jél'ônie : « La femme c'est la porte du démon, le chemin de l'iniquité, le dard dn scorpion, au total une dangereuse espèce. « ).lettons, mettons la main à la cognée (?Jet coupons par ~es racines l'arbre stérile du mariage. Dieu avait permis le mariage, j'en conviens; mais Jésus-Christ et Marie ont consacré la virginité. » Conchtsion. - Laissons périr l'espèce humaine par haine de la femme. Tertullien ne le cède pas en rage folle : « Femme, tu dcwais toujoms être Yêtue clc deuil et de haillons, n'offrant aux regards qu'une pénitente nQyée de: larmes et rachetant ainsi la faute d'avoir pcrdu le genre humain ! Femme, tu es la porte du démon; c'est toi <1nila première as violé la loi divine, toi qui as corrompu celui que Satan n'osait attaquer en face ... C'est toi qui as fait mourir Jésus-Christ ... » Ainsi parle Tertullien en croyant logique du dogme chrétien. Quiconque l'admet cc dogme monstrncux du péché originel ne peut pas penser autr<'mcnt de la femme. Ainsi envisagée, la femme est un objet de terreur et Tertullien, aggravant encore saint Paul, veut que la femme « cache son front, toujours, partout, à tout âge; fille à cause de son père, épouse à cause <leses frères, mère à cause de ses fils ». Inutile de multiplier les exemples. On sait d'ailleurs que le concile <leMâcon ne décida qu'à troi,s vQix de majorité que la femme avait une âme, c'est-à-dire appartenait .à l'humanité.

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