La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION FA'\IILIALE ET LE SOCIALIS~1E 681 Vespasien était cruel et défiant; pour écarter les soupçons,· Eponine dut continuer à jouer dans le jour son rôle de veuve désespérée. Pendant neuf ans elle vint tous les soirs dans le souterrain par des chemins détournés, elle donna deux enfants à Sabinus et les allaita par des prodiges de dévouement. Mais la retraite du conjuré gaulois finit par être découverte ; Sabinus arrêté fut destiné au supplice. Eponine alla se jeter aux pieds de Vespasien avec ses deux enfants. - Je les ai conçus dans un tombeau, dit-elle, pour que nous fussions trois à demander la grâce de leur père. Un tigre aurait été attendri, l'avare et dur Vespasien ne le fut pas; il refusa avec toute la cruauté romaine. - Puisqu'il en est ainsi, tyran cruel et lâche, s'écrie Eponine, faismoi partager le supplice de Sabinus, je veux mourir avec mon mari. Et le bourreau romain trancha les deux têtes sur le même billot. Cet acte glorieux de piété conjugale appartient tout entier à la Gaule où de temps immémorial la jeune fille avait le droit de choisir parmi ses prétendants (1). IV L.\. CONDITION DES FE)DIES D.\.:\'S LA SOCIÉTÉ CIIItÉTIENl'Œ « Le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de l'Eglise ... De même que l'Eglise est soumise au Christ, les femmes aussi doivent l'être à leurs maris en toutes choses (2). » L'apôtre fit _loi et la condition de l'épouse chrétienne put être esquissée en ces lignes par Augustin, le second théoricien du christianisme, l'apologiste comme Paul de l'arbitraire divin et de la servitude humaine : « Ma mère obéissait aveuglément à celui qu'on lui « fit épouser, aussi lorsqu'il venait chez elle des femmes dont les « maris étaient bien moins emportés que le sien, mais qui ne lais- « saient pas ,que de porter jus que sur leur visage des marques de la (< colère maritale, ma mère leur disait : C'est votre faute, prenez- « vous-en à votre langue; il n'appartient pas à des servantes de « tenir tête à leurs maîtres, cela n'arriverait pas si lorsqu'on vous « lut votre contrat de mariage vous aviez compris que c'était un « eontrat de servitude que vous passiez (3). » (1) A cet effet le père donnait un banquet; à h. fin du repas la jeune fille paraissait sur le seuil tenant à la main une coupe pleine d'un doux breuvage. On attendait en silence, elle le portait à l'homme de son choix. C'est ainsi que Gyptis, fille de Nans, chef des Ségobriges, choisit six siècles avant notre ère Protos, le chef des immigrés phocéens et le futur fondateur de Marseille. (2) SAINT PAUL, Ep. aux Ephésiens, V. 23. (3) SAINT AuousnN, Confessions, liv. IX. 44

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==