L'ÉVOLUTIO~ FA:11lLIALE ET LE SOCIALISME faisait de la femme un simple objet de récompense pour l'homme (1). A Rome, nous· l'avons vu, la femme appartenait âme, corps et bien au mari qui pouvait la torturer ou la tuer selon son bon plaisir, en vertu de la patria potestas dont le faux socialiste P1·oudhon a osé demander la résurrection parmi nous. Il est bien entendu que là où la femme est esclave l'enfant l'est aussi. L'infanticide était avec la haute approbation d'Aristote et de Platon, un droit pour le père dans l'Ilellénie, il était même un devoir dans certains cas de mauvaise conformation. Chez les Jurs nourrissons de la Louve, ce droit de vie et de mort du père sur le nouveau-né revêtait des formes terribles. L'enfant nouveau-né était déposé à terre aux pieds du père qui pouvait le refuser : c'était la condamnation à mort. Quand, s'approchant, il disait je le ramasse (suscipio) il en deYenait le maitre absolu jusqu'au droit de vie et de mort sur lui. Il va sans dire quP,c'est surtout quand le nouvel être était une fille que ce droit effroyable du pate1· familias se traduisait par le meurtre du nouveau-né. Sur la femme aussi le droit impie avait des applications terrifiantes. La femme accusée ou soupc;onnée ou qui simplement déplaisait (pour qu'il en soit ainsi les prétextes ne manquent jamais) était traduite devant le tribunal domestique, et exécutée par les parents mêmes : Cognati necanto uti volent, dit la féroce loi des Dou-:;e-Tables; « Que les pm·ents tuent comme ils vowfront ! )) Et le lendemain rien ne parlait au peuple de cette ténébreuse tragédie que l'absence de cette femme qu'on ne Yoyait plus (2). Les femmes ainsi foulées aux pieds dans leur être tout entier étaient en outre l'objet des flétt-issures publirrues des censeurs qui, on ne sait pourquoi, s'en prenaient toujours à elles. On connaît l'opinion de Caton l'ancien. Elle n'était pas plus favorable que celle du censeur. Metellus 'umidicus disait au peuple assemblé dans le Forum : « Si la nature eût été libre de nous donner l'existence sans le secours deJa femme, nous serions délivrés d'une compagnie fort importune. » Comme le jeune Romain devait respecter sa mère! Opposons à cc triste exemple de l'omnipotence maritale chez les plus nobles et les meilleurs un exemple touchant d'amour paternel, premier jalon glorieux clans la voie de l'émancipation féminine à Rome. (1) A certaines 6por1ues, les Samnites assemblaient tous les jeunes gens de leur contrée et les soumettaient à un jugement public; puis le jugement porté, le jeune homme qui était déclaré le meilleur prenait pour sa femme la fille qu'il voulait; celui qui avait les suffrages après lui.choisissait encore et ainsi de suite. (l\loNTESQUIEU, Esprit des lois, liv. VJ.) (2) E. LEGOU:"'É, Histoire morale des femmes.
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