6i8 L.\. REVUE SOCIALISTE sée chez les dieux par la préférence que donne Jupiter à l'éphèbe Ganymède sur la ravissante Hébé, vainement resplendissante d'une adolescence éternelle. Et ce sont les philosophes les plus vantés que nous aurons ici à mettre en cause. Il existe deux Vénus, disait Socrate : l'une céleste qui s'appelle Uranie; l'autre terrestt-e et populaire (pandemos), qui a nom Polymnie. Uranie préside à toutes les affections pures et spiritualistes. Polymnie attise tous les attachements sensuels et grossiers. C'est très bien, direz vous. Attendez. Platon compléta l'idée <leson maître en excluant de cet amour élevé et pur les femmes réservées par lui aux voluptés basses et grossières dans le temple de Vénus Pandémos. Plutarque fit écho en proclamant, lui aussi, que les femmes n'ont pas de part au véritable amour (J). Ajoutons qu'Aristote n'avait que des éloges pour l'érostie organisée des Crétois. Si le saue Socrate, le divin Platon, le pieux Plutarque, si l'encyclopéùiqne .\.ristote pal'laient ainsi, quelles devaient être les mœurs? Le vice infâme <l'institution nationale en Crète était par le réactionnaire Ari tophane ignoblement célébré sur la scène; il était si commun qu'au dire cl'Ilérodote les Hellènes le communiquèrent aux Perses, et qu'un écrivain très mesuré a pu écrire : « Uranie n'eut pour adorateurs que les hommes seuls; ce ne fut que par eux et pour eux que s'exerça son noble empire. L'amour exista en Grèce, l'amante n'exista pas, la femme ne put jamais être que maîtresse (2). » Un enseignement découle de cette afITigeante constatation historique. Le mépris des femmes a pour conséquence forcée non f:.eulement la dureté et la grossièreté des mœurs, mais encore la dépravation dans ce qu'elle a de plus déprimant. Faut-il ajouter qu'au lieu de protester les poètes firent chorus. 0 .Jupiter! quel présent tu nous a fait? Les femmes, quelle race l s'écriait Eschyle; et le fécond Euripide ne voyait dans la plus belle moitié <lugenre humain qu' C[ un fléau pire que la flamme et que la vipère». Iniquité semblable en Italie (exception faite de l'Etrurie qui avait conservé une partie de ses mœurs matriarcales). :\Iême avant les Romains le mépris de la dignité féminine sévissait clans la péninsule avec une rudesse qu'illustre tristement la coutume samnite qui (1) Yoic·i les paroles de PluL'.lrque, eu son Troitcl de l'amotlr: « Quant, au vrai amour, les femmes n'y ont ni part, ni porlio:i, et je n'e:.time pas que vous aulre<;, qui êtes affectionnés aux femmes eL aux filles, les aimiez plus que la mùuche n'aime le lait, ni l'abeille le goufro :\ miel. » (2) E. LEGOuv(.:, llistoire morale des femmes.
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