64 LA REVUE SOCIALISTE Quelques-uns étaient indifférents et comme désintéressés des nouYelles qui Yenaient des fabriques de M. Cormick. Les autres branlaient la tête aYec indignation. J'étais hors de moi. Mais ce qui me retouma, ce fut <le voir la face apathique de cette foule. Elle ne pouYait rien 1·endre. Voyant que je n'ayais aucun senice a rendre là, je pris une voiture, et retournai, sans dire un mot en ville, au bureau de.mon journal. Il m·est difficile de décrire l'état d'esprit où je me trouyais. .Je me mis à ma table dans l'intention rl'adecsser une circulaire aux traYailleurs, un court récit èe ce qu'on samit de la bagal'l'e et un mot d'ayis : qu'ils ne commissent plus la folie de se mettre en ligne les mains vides, en face '<l'une armée de gredins organisée, à la solde des capitalistes. Mais j'étai:::. tellement excité que je ne pus écrire. Je dictai une courte adresse, puis, à la lectm·e, la déchirai. Je me remis à ma table et les compositeu1·s attendant la copie, car l'heurn ordinaire de la composition était passé, j'écriYis la « Rernnge Circular » (Circulaire de la Ronrnche), en anglais et en allemand. Elle est deYenu fameuse. Le mot« ReYenge >> fut mis en manchette par un des compositeurs, sans que j'en ai eu connaissance, parce que cela faisait, pensa-t-il, un bon en tête. Je donnai ol'clre d'imprimer la circulaire et c1ela disti·ibuer immédiatement. aux ,Iifférents meetings tenus ce soir-là. Il n'y eut que quelques centaines d'exemplaires mis en circulation. Après aYoir donné cet 01·dre, je reYins chez moi. Le lendemain matin, Yers 9 à 10 heures, A. Fischer, un de nos compositeurs, me demanda si je ne Youdrais pas Yenir à un grand rneeb1g général, qui deYait aYoil' lieu à Haymarket pour parler contre la brutalité de la police et exposer la situation de la lutte <1ehuit hem·es. Je répliquai que j'étais bien fatigué pour parler, mais que s'il n'y aYait personne pour p1·enclrema place, je m'y rendrais. A. Fischer me dit qm: le meeting était c01woqué par les délégués d'un grand nombre cl'Unions. Je ne fis pas;plus ample info1·mation. Vers onze heures, un membre de l'Union des charpentiers me fit demawler. Il m'apportait pou1·l'insel'tion dans l' « Arbeiter Zeitung :i> un manuscriL. C'était. la ci1·culaire de conYocation au meeting <le IIaymal'ket. Elle se terminaiL par ces mots « Tl'aYailleurs, apportez YOSarmes et mettezYous en ligne! » Cela est ridicule, dis-je à l'homme et je fls appeler Fischer . .Te lui décla1·ai que je ne pal'le1·ais pas au meeting, si c'était là la circulait·e de com ocation. Aucune de ces ci1·culaires n'est encore distribuée, me rlit l'homme. Nous pouvons enleyer les mots, Fischer fut de cet aYis et je leur dis que s'ils faisaient ainsi, tout allait bien. Jamais je ne me serais attendu à ce que la police se permît d'attaquer, sans p1·oyocaLion, une paisible réunion de citoyens. Or,
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