La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES ANARC.llISTES DE CJIICAGO je parlai ayec une moclé1·ation c>lun calme plus marqué:; que d'habitude. L'essence de. mes 1·ema1·qurs fut que, si les gréYistes se tenaient bien unis, la journét> était il eux. L'eilet de mon disrou1·s fut grand. On en peutjugct' par ce fait, 11ueje fus élu unanirnement à la fin, comme pol'le-pai·ole <lucomilé c·haqié rle confél'er ayec les syndicats patronaux. pom· mrll1·e fin à la lut te. r enrlanL mon discours, j'enten1lis quelques yoix. dans la foule, je ne les clisCnguai pas . .Je Yis st>11k111cnlem·iron 150 hommes quittei· la p1·ai1·ie,et cou1·ü· en remontant « Black Roarl » rlu côté rle la rabrique de M. Cormick, it un quart de mille au sll<l clu lieu où se tenait le meeting. Cinq minutes plus ta1·d, j'entendis un coup rle pistolet dans celte dil'ection. lufol'maLion p1·ise, je :us <1ue les « rnouleui·s des fabt·iques lle l\l. Go1·mi<'ktenlaic'11t ùc forcer les sanasins ll, qui ayaient pris lem· place, à suspenrlre l<' L1·m·ail. Au moment où j'étais !:illt'le point ,le Ler111inP1·mon discours, un wagon ile patrouille, 1·empli de policemen, balaya la 1·ne. Quel<1ues mimi Lesapri>s,7-:'ipolicf'mens ('HYi1·011sniYirf'n t le wagon clepat1•ouille. Trois on quat,·e auti·es wagons vinl'en t f'nco1·c après. Seulement, au lieu de simples coups de feu, c-'élail un ft,u Dou1Ti. Je quittai le meeting et me hàtai 1lc 1 montc1· vc1·s les l'abl'iques dr .M. Uo1·rnick. En face, du haut mu1· d'enceinte des b,HinH•uh de ta fab1·ique, statiounai Lsur la l ignc fo1•1·ét'une longue file de chariots armés de police. Entre los chal'iots et, le mm· rl'enccinLe était le champ de bata1l le, ou plutôt de bouche1•ip <le la police. Tout ce que je pus voir, ce rut que 150 hommes, aYec femmes et petits enfants, étaient chassés par autant sinon plus depolicemen..,,qui décharp;eaie11t leurs rèYolvc1·s, à tir rapide, srn· la foule l'pceclue et hurlante. Je fus feappé cl"ho1·reurà cette nie. C'est même pPn <liec. Je vis plusieurs personnes que tles amis portaient et, entraînaient hors du champ de camap;e. C'ét,aienf des hommes qui avaient reçu des balles. Un jeune frlandais, qui semblait me connaître, courut à moi et me dit, en me montrant le meeting des briqnetiHs : - Voilà de drôles de pistolets <lereste1· là il'anquilles, pernlant que ces gens-la tirent leurs frè1;es comme des chiens! - Il y a-t-il eu beaucoup de gens atteints? demandai-je. -Beaucoup. Je viens d'aidet' à en transporter devx qui me paraissaient être morts. Personne ne peut <lire combien ont été bles~és ou tués. Etil ajouta: N'ayez-Yous pa-.;quelque influence sul' les hommes abattus, si vous en avez, pour l'arnou1· de Dieu, relewz-les et ramenez-les à la rescousse . .J'ai vu cc même homme, 1gielques semaines après, dans la prison. Je m'informai qui c'était. J'appt·is qu'il élait <lela police f;eCJ·ète. Je revins en com·ant au meeting. Il arnit, eté leYé dans l'interrnlle. La foule le quittait par petits gl'ouirns, e~ l'entrait à la maison.

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