La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTION FAMILIALE ET LE SOCIALIS.\IE 673 sacrement; mais si par ce fait, il tendit à élever la femme il l'abaissa d'autre part avec le dogme de la chu te et par la malédiction de l'amour. Ajoutons que l'enténèbrement, les violences et la misère de la triste époque féodale firent du mariage, tel que nous le comprenons, le privilège des seigneurs et des riches bourgeois. La confuse promiscuité de la misère était la règle pour les asservis <leschamps et des villes. « Les serviteurs même du château vivaient pêle-mêle entassés dans les galetas. Les communs succédèrent où tout était mêlé encore. Le logi à part ne commence que fort tard, et par la mansarde sous Louis X.IV. « Pour les. serfs ruraux, l'intérêt du maitre n'était pas de les isoler par familles, mais tle les tenir rénnis dans une villci ou vaste métairie où un seul toit abritait, avec les bêtes, une tribu de même sang, un cousinage ou parcntage d'une centaine de personnes. Quoique parents, le maitre les considérait comme simples associés et pouvait à chaque décès reprendre le profits de tous. De famille ou mariage qui eût autorisé l'héréJité, il ne daignait s'en informer. La famille, pour lui, c'était cette masse de gens qui mangeaient « à un pain et à un pot », qui buvaient et couchaient en emble. << L'Eglise cependant exigeait le mariage, mais c'était une dérision. Pendant que le prêtre fai ait sonner haut le sacrement, multipliait les empêchements et les difficultés de parenté, il absolvait, faisait communier le baron dont le premier droit était le mépris du sacrement. Je parle du droit du seigneur ( i impudemment nié de nos jours). L'exigeait-il lui-même? Qu'importe! et Forcée de.monter au château pour officier le denier ou le plat de noces (Voyez Grimm et toutes les coutumes) la mariée dédaignée du seigneur était le jouet des pages. « Faut-il s'étonner après cela de cette dérision universelle du mariage, qui est le fond de nos vieilles mœut·s. L'Eglise n'en tenait compte ne ~e faisant pas respecter. La noblesse n'avait d'autres romans que l'adultère, ni les bourgeois d'autre sujet de fabliau. Le sei·f n'y ongeait même pas, mais il tenait beaucoup à sa famille, à cette grande famille ou cousinage où tout était à peu près commun. Il n'était jaloux que de l'étranger » (1). Qui après cela pourrait s'étonner de ce que le mépris du mariage monogamirrue faisait au moyen âge le fond critique de la littératm·e populaire. Dans le Roman de la Rose, Jean de Meung n'hésite pas à chanter : Car Nature n"est pas si sotte Qu'elle faist nestre Marotte (1) J. M1c11ELET, Histoire de France, t. Xlll.

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