La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

672 L\ RE\'UE SOCIALISTE éloge que les Romains pussent concevoir pour celle qu'on a improprement appelée la matrone romaine, car elle était plus esclave encore que la triste habitante du gynécée. « Son mari peut la condamner à toutes sortes de peines, sauf à l'esclavage par vente ou donation ; la peine de mort même est applicable à cette victime de la tyrannie conjugale, pourvu que le jugement soit rendu en présence d'un tribunal domestique, formé des proches parents de la femme. Chose plus étrange enfin, elle n'a d'autre rang dans la famille que celui de sœur consanguine de ses propres enfants, de fille adoptive de son mari; c'est à cc titre qu'elle prend part à son héritage. << Tant que le mariage existe, ses biens appartiennent à son mari; elle ne tient les clef:; de la maison qu'à titee de dépôt, comme ferait un intendant, un domestique de confiance. Veuve, elle ne peut quitter sa famille adoptive; elle y reste attachée sous la surveillance d'un tuteur légal, désigné par son mari, et à l'aide duquel le défunt continue, en dépit de la mort, à exercer sur elle sa puissance terrible ; il l'empêche de se remarier, de faire passer sa personne ou son patrimoine sous la puissance d'autrui, soit par la coemption, soit par l'usucapion. « Tous ses biens mancipi deviennent inaliénables ; le tribunal du foyer reste chargé de juger son inconduite, de la punir aujourd'hui des peines les plus rigoureuses. Elle relève de cette magistrature d'une manière si directe que lo1·sque les juges ordinaires l'ont condamnée à mort pour quelque crime .public, c'est le tribunal des parents qui doit exécuter la sentence. « Il est même une autorité supérieure qui plane dans certains cas au-dessus de celle du mari; c'est l'autorité du pater familias, exercée par l'aïeul ou le bisaïeul. La femme unie en mariage légitime, fustœ nuptiœ à un citoyen en puissance de père, devient membre de la famille de ce père, qui exerce sur son fils, sur la femme de son fils et sur les membres de l'association domestique, le droit absolu du patriarche hébreux et du héros grec (1). » Cela dura des siècles et il y eut même aggravation à l'avènement de la République. Caton l'ancien formula ainsi le nouveau code conjugal: « Le mari est juge de la femme; son pouvoir n'a pas de limites; il peut ce qu'il veut. Si elle a commis quelque faute il la punit; si elle a bu du vin il la condamne : si elle a eu commerce avec un autre homme, il la tue. » Le christianisme fortifia la monogamie, en faisant du mariage un {l) CÉNAC-MONCAUT, L"hi,toire de l'amour dan, l'antiquité.

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