La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'ÉVOLUTIO ' FAMILL\LE ET LE SOCIALIS~JE 669 n'eurent pas de ces scrupules et che6 eux le M undium ou achat de la femme au père resta en usage jusc1u'au v11°siècle de notre ère. A Rome le mariage patricien seul se fit de très bonne heure par confarréation (1·ite religieux); pour la foule la forme usitée fut longtemps le mariage par coemption, par achat de la femme. Dans les deux cas d'ailleurs-dans les trois en comptant le mariage pat· iisus, sorte de consécration du concubinat- la femme était livrée au mari corps et biens; la con{arréalion patricienne n'était qu'une hypocrisie. Il est si vrai que le mariage qui est maintenant le plus digne état de la femme, ne fut d'abot·d qu'un asservissement pour elle que comme hommage rendu à l'ancienne liberté promisque ou matriarcale, les traditions religieuses et les coutumes populaires protestèrent longtemps contre le mal'iage. Nou en avons des exemples éclatants dans les rites bizan·es et scandaleux qui imposaient aux femmes de e prostituer au moins une fois dans les temples de Mylitta, d'Anaïtis, d'Aphrodite et autres déesses de la fécondité. Ce n'était pas une orgie volontaire, mais un acri Îlce obligatoil'e aux anciens dieux offensés par la Joi nouvelle du mariage et de l'asservissement <le femmes. Du reste la pl'Otestation prit d'autres formes plus sérieuses; les survivances promiscuitaires ou matriarcales furent très nombreuses dans l'antiquité au témoignage d'Ilérodote, de Strabon et de Xénophon auxquels on ne peut que renvoyer le lecteur. Disons seulement que, d'après ces auteurs, le mariage était encore de leur temps chose inconnue dans un grand nombre de t1·ibus de l'Asie, de l'Afric1uc, ainsi que chez les Scythes, les Massagètes, les asamons, les Auscins, les Gara.mantes. Dans ces pays, au dire ùe Ch. Gide, a: les hommes et les femmes s'accouplaient au hasard comme les femmes d'un troupeau. Quand un enfant était devenu grand, la peuplade réunie l'attribuait à l'homme avec les traits de qui il avait le plus de ressemblance et qui était présumé en conséquence être son père (1). (P1·omotion.) L'Ilellade même avait ses souvenirs promisques. Chez les Athéniens, nous dit Cléarque, Cécrops fut le premier qui unit l'homme et la femme en leur imposant une fidélité mutuelle. Jusque-là, les rapports entre les deux sexes étaient sans règle et sans loi, et nul enfant ne pouvait reconnaître son père. L'historien Théopompe parle presque dans les mêmes termes des premiers habitants de l'Italie : ._ Chez les Tyrrhéniens, dit-il, la loi voulait que toutes les femmes fussent communes ; tous les enfants aussi étaient élevés en commun (1) Ch. GrnE, Étude- sur la condition prioéc de la femme. Comparez Giraud-Teulon, loc. cit.

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