La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'È\'OLUTION FA)'llLIALE ET LE SOCIALISME lio7 vite la nécessité hyg1énique et sociale de l'interdiction des unions -entre consanguins. )> (1) Il est à penser que les résistances qui s'appuyaient sur le fait si naturel de la parenté par les femmes furent très vives. Pour en avoir raison on se jeta dans l'excès contraire: l'exogamie, ou rapt des femmes de tribu à tribu. Avec le mariage exogamique une profonde révolution familiale avait transformé les relations humaines, la parenté par les femmes ou mafrial'cat, avait fait place (après un stage de parenté par promotion) à la vigoureuse parenté masculine, un patriarcat, point de départ de la dégradation des femmes par les hommes et de l'asservissement de tous par quelques chefs omnipotents, ù la fois prêtres, rois et propriétaires des gens et des choses. Pour Lctoumeau aussi, la direction individualiste du pafriarcat est évidente. Avec ce régime « chacun s'efforce <lese faire une part .aussi grande que possible dans ce qui jadis a\'ait été commun; chaque homme a visé à s'attribuer un droit de plus en plus exclusif sur les biens, les femmes et les enfants. De ces appétits, plus économiques qu'éthérés, sont sortis en fin de compte la famille patriar- -cale, la monogamie et la propriété familiale d'abord, individuelle -ensuite ; le régime de la famille et celui de la propriété ont évolué de conserve. )> Ce caractère violent et asservissant de la première forme matrimoniale a été expliqué d'une façon saisissante par Georges Guéroult dans une page que nous demandons la permission de reproduire : << Au début des sociétés ou plutôt des tribus, ces différents groupes -étaient en guerre perpétuelle. On se faisait de part et d'autre des captifs et des captives sur lesquels le vainqueur, le captew·, avait un droit absolu. Il aurait pu tuer sa prisonnière ou la manger; il avait bien le droit d'en faire sa femme <les'en réserver la possession exclusive, de la renfermer cLez lui. « Les enfants de son esclave lui appartenaient au même titre, et (l) Il ne faut pas, comme l'ont ,·oulu certains philosophes plus ou moins bien intentionnés, chercher <les causes morales au changement de parenté; les motifs sont d'ordre moins élerés. Giraud-Teulon que nous suivons volontiers comme un guide sùr, dit nYee une précision parfaite: « L'organisation de la famille masculine semble avoir été uni,·ersellement sollicitée par l'act.ion d'une force aussi simple que brutnle et multiple dans ses manifestations; celle clu droit cle p,·op,,iété: aussi semble-t-il qu'il faille rechercher dans l'histoire du droit de propriété la loi qui a présidé au développement du mariage; les deux institutions paraissent avoir obé/ à la même formule restrictive graduelle des biens de la communauté au profit d'un cercle plns restreint d'individus. »

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