La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

GGû LA REVUE SOCIALISTE petits enfants, et ainsi de suite. Tous les individus sont les enfants d'une couche supérieure, et les pères et mères de la couche inférieure; ils se considèrent comme frères et sœurs et se conduisent en maris et femmes; mais il leur est interdit d'avoir des relations sexuelles avec les membres de la couche au-dessus et au-dessous. Il n'y a pas de mariage individuel ; de cc que l'on naît mâle dans une trihu, on est le mari de toutes les femmes de sa promotion sans distinction de frère et de sœur, et réciproquement pour la femme (1). Lorsque la limitation s'accentue on en vient à cc que .Morgan appelle la {mnille consanguine, les rapports sexuels eurent lieu de préfèrcnce entre frère et sœur, cela durn longtemps si l'on en juge par l'universalité de la légende (2) et la multiplicité des urvivances. Le mariage entre frère et sœur était encore d'usage et d'obligation pour les rois d'Egypte au temps de Cléopâtre qui dut épouser son jeune frère Ptolé111éc, âgé de neuf ans. Dans le monde hellénique l'inceste prohibé entre parents et enfants comme l'attestent les terrifiants exemples d'Œdype et de 11ynha reste permis entre consanguins avec <les restrictions arbitraires; un Athénien pouYait épouser sa sœur consanguine, non :--asœur utérine; un Spartiate sa sœur utérine, non sa sœur consanguine. Le lévirnt juif incli<1ue bien une certaine persistance des mariages consanguins. Plus près de nous, les Fra11<.;sétaient fort coutumi<'rs des mariages incestueux puisqu'il fallut l'intervention du catholic·ismc pour les faire cesser. Il est aus:--icurieux de constater que la 1..:ivilisationincaspérnviennc, si diITérente et si en dehors des civilisations indo-européennes avait conservé au moins pour les races royales, la coutume des mariages consanguins : Manco-Canpac le dernier Incas était l'époux de sa sœur Mama Oello. Toutefois cc ne sont là que <lessurvivances isolées; dès que les hommes formèrent des sociétés un peu régulières, ils comprirent (1) :\Iytholog-ie ég-yptienne : Osiris rpousc $a sœur bis; mytholo:?ic hellénique: Saturne épou,;e sa sœur C) bile; JupiLcr sa sœur Junon; \'ulc-ain sa sœur Yéous; mythologie italique: Janus épouse sa sœur Cami,-ia; mythologie f(ermauo-~candina ,·e : En·yr é·pou::,esa l,,a-ur Fl'e., a, Si(·gmumd $a sœur Sieglinde; mythologie jui\"C : les enfants d'.\dam et d'E,·e se marient forcément cotre eux; Ab!'aham épouse sa sœur utérine Sarah. (2) Le mal'iage entre parents et enfants ne disparut pas non plus sans laisser de traces; mariag-c de ~émira mis et de son fils 1'ynias, mariage d'Attila et de sa fille Esc a .. \ u dire de i\Iontesquieu, les Perses et les .\ssy• riens de l'i•poquc hislori<1uc pouYaicnl épouser Jeurs mères et le:s Tal'lares épousaient quelquefois leurs filles Johé,·ah Jui-mèmc était assez tolérant là-dcssm,, lui qui ne l'était guère. La Bible nous apprend, sans y , oir grand mal, que du fruit des incestueuses amours de Loth et de ses deux filles sortirent deux grands peuples, i\Ioab et i\Iadian.

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