La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

658 LA RlffUE SOClALISTE La seconde phase de cette période intermédiaire est caractérisée par une réaction énergique et complexe contre la Science telle qu'elle est constituée. Cette réaction nous présentera trois a~pects auxquels se rattacheront, plus ou moins modifiées, les trois tendances principales que b Science révèle encore aujourd'hui : une direction historique morale et nationale, une direction socialiste, une direction optimiste. Sismondi et Frédéric List seront pour nous les deux représentants les plus profonds de la première direction intellectuelle. • F. List représentera la réaction contre le caractère universel et absolu dans l'espace et dans le temps des lois naturelles et des p1·incipes dirigeants qui s'en déduisent; il marquera l'influence rnodificctlrice du milieu, du degré de développenieut histo1·ique, et par là fera effort pour rendre les principes cle conchiile économique moins absolus. Sismondi représentera surtout la réaction contre ce que Knas appelle le perpélualisme des lois naturelles, leur caractère absolu et invariable dans le temps. ulle part, je pense, l'histoire n'a été vraiment juste pour Sismondi. Comme Adam Smith, il admet que le principe générateur des faits économiques, c'est l'intérét personnel, et en cela il reste attaché aux classiques; mais avec lui s'efface cette conception optimiste qui fait le fond de la doctrine d'Adam Smith. Pour Sismondi, la concordance de l'intérêt p1·ivé et de l'intérêt collectif n'a rien d'absolu, elle dépend des conditions historiques dans lesquelles cette force motrice du monde économique opère, et des pertnrbations qui en dél'ivent ; l'indi,·idu, en obéissant à son intérêt, ne tendrait à réaliser l'intérêt de tous que dans un état social où les dis tinctions de propriétaire, capitaliste, entrepreneur, ouvrier n'existeraient pas, oü les conditions seraient sensiblement équivalentes. Mais placé au point de vue des Sociétés modernes, où ces distinctions d'intérêts existent, Sismondi a constaté et décrit avec une éloquence poignante les déchirements et les antagonismes qui en résultent. Sismondi fait intervenir la considération dii temps dans les con ceptions économiques : ce point de vue histol'ique est celui de la 1·elativité même. Les lois économiques, exprimant l'opération constante des causes mornles dans l'ordre économique, subiront des perturbations aux différentes époques ; il sera donc impossible de faire abstraction des conditions historiques : l'Ordre Économique, qui n'est que le produit des lois économiques, est par là même variable et modifiable. La Science pratique, déduite de cette conception réaliste et concrète de l'Economie théorique, recevra son empreinte, et Sismondi n'admettra plus de principe de conduite

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