La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

DE L'IIISTOIRE DES SYSTÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIALISTES 657 sonne!. Mais Ricar.do embrassera dans son étude la Répartition des richesses. Bien qu'il soit le plus porté à l'abstraction de tous les penseurs économistes, il est aussi, chose- remarquable, celui qui tend le plus à considérer l'état social actuel où le travail, le capital, la propriété sont en général séparés, au rang de forme invariable des arrangements sociaux. Or, c'est là que se révéleront les inégalités réelles de situation et de puissance entre les classes; les individualités abstraites, également libres, raisonnables, conçues comme facteurs élémentaires de l'ordre social, non seulement se distingueront en détenteurs du sol et <les capitaux et en travailleurs, mais les lois physico-chimiques, introduites dans la Science, détermineront une opposition profonde de leurs intérêts, et ce sera un problème redoutable de rechercher comment opérera l'intérêt personnel dans ses inégalités de situation, alors qu'aucune intervention positive de l'État n'est jugée admis ible en faveur <lesplus faibles. La théorie de la rente foncière, déduite de la loi de productivité du sol et de celle de la population, oppose les intérêts de la propriété foncière et ceux du capital mobilier et <lutravail. La théorie du salaire assigne un fonds prüdéterminé et toujours limité par la loi de productivité décrois ante du sol à partager entre les travailleurs; le principe <lela population les livre à une concurrence intense, pressant le salaire réel contre la limite extrême de la subsistance nécessaire, et dans le débat de l'offre et la demande, comme l'a dit M. Scheel, dans ses profondes considérations sur Ricardo, les plus faibles, c'est-à-dire les travailleurs, n'ont <l'autre ressource suprême pour accroître leur part que de contenir l'offre • de travail en limitant la population. Pendant que la Science, fondée sur ces données psychique-biologique et physique, persistera à repousser toute intervention régulatrice de l'intérêt personnel en vertu d'un principe moral supérieur, un autre de ses liens avec la Sociologie se rompra encore. Elle rejettera de son domaine l'étude de la consommation des richesses renvoyée à l'hygiène et à la morale. Or, la théorie des besoins de l'homme et de leur satisfaction est précisément celle qui unit la Science des richesses à la théorie du développement intellectuel et moral de l'homme, qui marque la subordination de la vie spirituelle à la vie organique des Sociétés. C'est celle qui montre le mieux comment la fin à poursuivre par la Science doit être le perfectionnement et le bonheur <letous les membres de la communauté. Elle repoussée, la Science sera bien près de confondre son objet maté- . riel, la richesse, avec la fin qu'elle doit poursuivre, et la théorie des richesses apparaîtra comme isolée entr~ les deux autres tronçons de la Sociologie, l'Ethique et la Science de la· vie spirituelle des sociétés.

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