65G LA flE\'UE SOCIALISTE essentielles de son essai sur la Richesse des Nations; l\Ialthus et Ricardo à leur tour vont emprunter le premier à la Biologie, le second à la connaissance du milieu physique des données nouvelles, qui, transportées dans l'Economie politique et combinées avec le principe d'action d'Adam Smith, formeront un faisceau <lelois fondamentales, sorte de trépied sur lequel s'édifiera une . 'cience économique qui se détachera peu à peu du reste du savoir social pour vivre d'une vie propre. l\Ialthus conçoit l'homme comme animé d'une tendance à multiplier son espèce d'une manière uniforme et constante dans toutes les phases de l'évolution historique et dans tous les milieux. Seule la discipline morale que l'homme exercera sur lui-même pourra contenir l'essor de la population; Ricardo et :\Ialthus attacheront leurs noms à la loi suivant lacruellc la terre, sollicitée par le travail de l'homme, ne lui donnera qu'un rendement de moins en moins proportionnel à la grandeur de son eITort. La méthode dédiiclive prévaut toujours ici dans la Science, mais avec d'admirables correctifs de la méthode historique chez Malthus. Les lois natm·elles ont conservé le caractère d'universalité, <leperpétuité. Cependant la conception optimiste de l'histoire, selon Adam Smith, vient <lese heurter au pessimisme historique dont l'opération combinée <leslois <lel'accroissement de la population et des subsistances ouvre les perspectives. l\Ialthus et Ricardo nous apparaissent comme enveloppés d'une grandeur sombre, ayant cette destinée redoutable, malgré la pureté et la sincérité de leur génie, de soulever les terreurs et les révoltes de l'humanité. Avec eux deux causes physico-biologiques, placées en dehors de la sphère morale, entrent en lutte avec les énergies morales de l'homme individuel, et la question sociale apparaît comme le conflit des forces de la na turc et de l'esprit. Un trait commun essentiel, qui subsiste entre les doctrines de Smith, de Ricardo, de Malthus, c'est que le ressort du progrès et de l'ordre social, comme le frein de la population est toujours dans l'homme individuel. Obéissant à son intérêt, il réalise en même temps le bien de tous, vous dit Smith; le péril de la rupture d'équilibre entre la population et les subsistances est, non pas dans les Institutions sociales, fait de l'homme, mais dans la nature humaine : c'est à l'homme lui-même à en contenir les instincts, nous dit Mallhus. Des deux côtés, l'intervention <le la Société par l'organe de l'État sera vainc ou nuisible. Chez Adam Smith, la distinction et la divergence des intérêts des <liverses classes sociales ne sont marquées qu'en passant; elles disparaissent presque derriè1·e l'unité grandiose que présente le développement de la Production sous l'effort incessant de l'intérêt per-
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