La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

• DE L'HISTOIRE DES SYSTÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIALISTES 651 ayant ce trait commuri d'être les objets d'une connaissance intime et immédiate, d'être des phénomènes de conscience, et la Psychologie des animaux et de l'homme s'est alors constituée. C'est ainsi que se constitua, au milieu du xvm0 siècle, une science nouvelle. Son objet propre, c'étaient les phénomènes de 1·ichesse dont la notion longtemps obscurcie se dégagea nettement alors. Avec cette acquisition positive prenait fin la phase empirique et préparatoire de la science dont le système mercantile avait été la plus haute et la plus savante expression. L'Ecole mercantile avait vu dans la monnaie la principale richesse, non la richesse unique, comme on l'a dit ; la science nouvelle la verra dans les biens consommables propres à satisfaire nos besoins : déchue de sa prépondérance, la monnaie ne sera désormais que l'instrument de leurs échanges et la mesure de leur valeur. La révolution scientifique fut avant tout dans cette interversion. Boisguillebert d'abol'd, puis les Physiocrates, fondateurs de la Science, furent les Bernard et les Laurent de Jussieu qui rétablirent dans la richesse cette subordùwtion de caractères. Une fois maîtresse de la notion des richesses, la science qui se proposait de rechercher les lois de leur reproduction indéfinie et de leur distribution dans la société, revêtait une incomparable grandeur: elle embrassait un ensemble immense de rapports entre l'homme social et le monde extérieur, elle était comme un pont jeté entre la matière et l'esprit. C'est alors que le génie de Quesnay vit se dérouler le cercle de ces échanges sans fin de matière et de force entre les Sociétés et la Nature, et qui n'est autre chose que la vie organique des sociétés humaines. Entre le besoin, lien de subordination de l'homme à son milieu, entre la réaction volontaire du travail que le besoin détermine sur la nature et le droit dont l'Etat est l'organe et qui règle les volontés individuelles, Quesnay reconstitua le mouvement social de la richesse dont toutes les phases se succèdent suivant des lois invariables. Un ordre natw·el, dont le principe est en dedans de la Société, prenait la place des m·rangements artificiels dont le principe est au dehors. Devant ce grand spectacle, il éprouva cette émotion divine que Galilée et Newton avaient ressentie. Moins préoccupé de décrire ce qui est que de rechercher ce qui doit être, pour le plus grand bien des sociétés, le fondateur de la science nouvelle s'était élevé à cette conception que la natul'e elle-même, interprète d'un législateur suprême, avait tracé le code d'un droit inflexible et immuable comme elle assignait aux volontés humaine3 dans l'ordre économique la direction la plus propre à assurer le bien-être général. Le droit de la nature reconnu, proclamé, le monde social pouvait être abandonné à lui-même. Il obéissait à ses lois providentielles. C'est ainsi que le domainè de la science nouvelle s'étendait des lois du milieu physique non seulement à celui de la

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