La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L:\. REVUE SOCIALISTE l'ensemhlc de connaissances acquises que nous puisons les principes dirigeants de la conduite collective ; l'observation du passé et du présent fournit les règles de l'action modificatrice de l'homme social sur ses propres destinées ; la science prépare elle-même sans cesse des matériaux pour sa propre histoire. Si les connaissances déjà recueillies avaient acquis un assez haut degré de certitude pour commander l'adhésion universelle, nous comprendrions encore, sans l'approuver cependant, ce mot de d'Alembert cité par J. B. Say et appliqué à la science économique : « L'histoire d'une science devient de plus en plus courte à mesure que la science se perfectionne.» Ce mot, fût-il vrai des sciences physiques, ne le serait point, à coup sûr, de la science sociale à notl'e époque; J. B. Say pouvait considérer l'œuvre d'Adam Smith comme à peu près définitive, et il n'y aY-ait plus qu'un intérêt secondaire à se reporter vers des docfrines clécriées el qni mh-itaienl de l'êli·e, ~clon l'expression de d'Alembert. Combien Kant exprime plus justement le rôle de l'histoire dans l'état présent <le la science, quand il dit, pour marquer sa plus grande utilité: « Aucun penseur actuel ne peut se dispenser de rechercher et aucun ne peut prétendre que l'organisation économique actuelle soit la seule possible ni la plus juste. Il est clone indispensable de saYoir ce que d'autres ont pensé des questions <1uisont encore re. tées sans réponse. » Nous ne tarderons pas à voir que la plupart <lessolutions données par les fondateurs <le la science aux problèmes économiques ont été remises en question, et les controverses les plus ardentes qui s'agitent aujouecl'hui ont pré<.:isémentpour objet les fondements du saYoir économique, tels que le caractère <leslois de la science et de sa méthode, les principes dil'igeants de la conduite économique le droit économique et l'action régulatrice qui peut être exercée par l'Etat sur l'évolution spontanée des peuples. Au-dessus de la lutte des intérêts qui domine notre siècle, éclate encore l'antagonisme des idées : les doctrines, aprb avoir été cc qu'elles sont toujours, en une large mesure, le reflet <les tendances et des aspirations de leur épo<1ue,redescendent à leur tour de la sphère de l'esprit pour inspirer les intérêts dans leurs résistances, leurs revendications et leur antagoni:,me; de telle sorte que la solution positive <le la question sociale s'éloigne ou se rapproche, selon que les déchirements de la pensée sont plus ou moins profonds. C'est ici qu'apparaît la mission de l'histoire dans sa vraie grandeur. Les systèmes qui inspirent la conduite des classes, des nations ou des gouvernements représentent des moments divers du développement de la pensée économique et sociale. L'histoire a tout <l'abord pour mission de préparer une appréciation plus juste de chacun

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