La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LES ANARCHISTES DE CHICAGO Gl heures eut lieu le dimanche qui précéda le 1ermai. Elle n1it en lumière l'étendue du mouYement. Un de mes amis, allemand, docteur en géologie, cjui Yenait cle déba1·quer de Londres pour une mission scientiflque,rnc disait a ce propos qu'il n'a mit jamais yu une si imposante manifestation, ni à Pal'is, ni à Londi·es, ni a Berlin; ni a Vienne, et poul'tant il en avait YU beaucoup. Il y ayait plus cle 25,000 peesonnes sut· le front du lac où le déOlé se te1·minait et 0ù Parson, Fielden, Schwab et moi hal'anguâmes la foule. Vint le 1er mai. Les yeux du pays entier sont fixés sui· Chicago. C'est la, tous le saYaient, que la bataille déci ivC' allait ètre linéc. Une défaite à Chicago, c'était une défaite' partout. Pour donner une idée des sentiments qui animaient la masse de traYailleur. qui jetè1·ent bas cejour-là lou1·s instruments de traYail afln d'appuyer et de donner force à leul's réclamations, je citerai un al't.icle que j'écri,·is ce jour-là. Il est l'écho de l'opinio11 publique oun·iè1·e. u Les dés eu sout.ietés. Yoici arrivé le 1 cr mai. Son importance historique sci·a comprise seulement ,lans quel<pies années. Voici Yingt au que le peuple traYailleur des Ètat·-Unis supplie ses exploiteul's et es législateurs - les deux no faisant qu'un - cl'int1·oduire le système ,les huit heures. Il est las de gémir et de menclier .. \ la fln, - il y a deux ans de cela -· un grand noml)l'e d'organisations, tle métici's .. 'empa1·èl'ent de la question et 1·ésolul'ent <1uele 1·égime des huit helll'es serait, bon gré, malg1·é, inauguré le 1•• mai 1886. » «A.la bonne heure! Voila au moins une modeste et 1·aisonnaùle rlemande n dit al01·: la Presse; les imposteurs cle pl'o(ession firent écho et les exploiteut·s. En 1•cyanche continuaient-ils, quels imp1·udents que ces socialistes! Il: ne connaissent pas cle homes à leurs exigences. Ils ne se conlentent pas de cela. Et les épithètes coutumières de pleuYoir sur nous! Les choses marchèrent. L'agitation pl'og1·essait. 'J'out le monde était en faveur de la réduction de la journée rle traYail. A l'approche du t•r mai. po_urtant, joui· fixé pour la mise à exécution clu plan, un curieux revirement eut lieu. Les exploiteur·s et les journaux. à leul' solde déchantèrent. Ils ne s'attendaient pas à une propagande aussi actiYe et à de t('ls résultats. Ce qui était bon en théorie n'était plus bon en pratique. Ce qui,tout a l'heure, était modeste et raisonnable,devenait fou et imprudent. Ce qui, il n'y a que quelques jours, était jugé comme une demande louable, en comparaison des revendications du socialisme et de l'ana1·chisme, se changea souclainement, lui-même, en « criminel anarchisme •. Le pied fourchu du Méphistophélès bourgeois se montra. Ils avaient. chanté la chanson des huit heures, simplement pour endormir leurs dupes, les ouvriers, et les retenir loin du socialisme.

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