UN PROJET DE RACHAT EN '1850 573 romaine et chez les Hébreux; l'abolition des dettes et la limitation des propriétés y sont également pratiquées sous des formes diverses. Chez les Juifs, le jubilé et l'année sabbatique offrent une combinaison de ces deux sortes. Enfin, on sait que les corporations et les castes sont un trait universel de la constitution économique de l'antiquité. Or, le nouveau partage des terres déjà appropriées implique évidemment la reconnaissance du principe de l'expropriation pour cause d'utilité publique: l'expropriation est donc aussi vieille que l'état de société. Toutes les fois que, relativement à la population, la concentration, l'absorption ou le monopole des fonds productifs, des richesses, a élé extrême chez un peuple, ce peuple est mort dans l'anarchie, ou il s'est régénéré par la création de nouveaux propriétaires au moyen de lois agraires, d'un système de corporations, ou par la dépossession des oligarchies au profit de la plèbe désh6ritée, mais émancipée. Ainsi, les seigneurs au moyen âge affranchissent leurs serfs ; ils leur concèdent la possession des terres qu'ils cultivaient jusque-là en esclaves possédés eux-mêmes comme des choses. Plus près de nous, la Révolution française exproprie le clergé et la noblesse et vend à bas prix les biens nat-ionaux à une classe moyenne jusque-là pauvre et prolétaire, assujettie aux aristocrates; elle universalise le principe de l'égalité d'hérédité entre les enfants de la même famille, et crée ainsi de nombreux propriétaires fonciers. Mais toutes ces mesures, qui toujours jusqu'ici s'accomplissent fatalement par la violence, ont le grand tort d'être tout à la fois insuffisantes et injustes; elles ne profitent point à tous ceux qui y ont un droit égal ; et d'ailleurs, elles n'empêchent pas le paupérisme et le prolétariat de se perpétuer, de s'engendrer de nouveau; elles le favorisent même plus que jamais. Ce qui leu1· manque, nous le savons, c'est l'organisation, c'est l'association obligatoire, la réciprocité, le concert et la solidarité. - Aujourd'hui tous ces moyens sont jugés, condamnés; il n'y a plus de terres à partager ou de castes à détruire; on ne veut plus de corporations, et d'ailleurs exproprier les uns pour investir les autres est une iniquité gratuite : et cependant il faut, plns que jamais, créer des propriétaires. Et cependant aussi, il n'y a pas d'exemple qu'une nation soit sortie de cette crise par la voie indirecte des combinaisons volontaires et privées, par des compromis intelligents et l'application de nouveaux procédés économiques. Il a toujours fallu des dons, de la générosité, ou des sacl'i{icesau nom de la justice mieux comprise. Dès lors, jugeons donc un peu de l'avenir par le passé : la tourmente révolutionnaire est là avec ses expédients de fatalité. A défaut de l'esprit d'association et surtout de l'esprit de conciliation et
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