La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L:\ RE\'UE SOCIALISTE aura peut-être une un jour, mais je crois que cette science ne naîtra que dans un milieu parfait, et nous n'y sommes pas. Kous ne pouvons, selon moi, en fait d'économie sociale, en fait de politique ou de philosophie, avoir actuellement que des croyances, des opinions discutables et modifiables; nous pouvons mème avoir de fortes convictions basées sur des probabilités très grandes; l'état actuel des connaissances, quoique plus avancé aujourd'hui qu'il y a vingt ans, ne nous permet pas encore d'afGrmer que nos opinions sont des vérités scientiflquement démont1·ées. Ceci dit, je me sens plus à l'aise pour dire ce que je pense. En exposant un système qui a mes préférences, je n'entends nullement le donner comme le seul bon, - et encore moins donner à entendre que tous les autres sont mauvais. Si un s~·stème est vraiment scientifique, il finira bien par triompher; s'il ne l'est pas, il aura du moins le mérite de remuer des idées ou de provoquer de nouvelles recherches. La grande Yariété des points de vue ne peut que foxoriser l'analyse et la synthè-;e. Pour en revenir à la question de la rente foncière et de ceux qui la créent, et q,ti par conséquent y ont drnit, voici d'abord ce qu'en pense IIenl'y George. L'auteur de « Progrès et Pauvreté >> commence par distinguer et séparer nettement la valeur annuelle du sol nu, des améliorations, constructions et travaux déposés sur la surface. Tout ce qui est tra\'ail personnel appartient au possesseur, à l'occupant. Quant à la valeur de la surface nue, elle revient à la communauté qui, par ses trnvaux publics et sa population, en est l'auteur. La rente foncière, ainsi distinguée et séparée des améliorations et travaux, doit être perçue sous forme d'impôts et remplacer toutes les taxes en général qui grèvent directement ou indirectement l'industrie et le teavail. Ce système a pris en Amérique et en Angleterre, où il compte heaucoup d'adhérents enthousiastes, le nom d'impôt unique (sin[Jleta:c). Dans la pensée des sinoletaxisles, tous les impôts doivent être abolis, sauf un seul : l'impôt sur la terre nue, déduction faite de la valeur des améliorations et constructions. Cette unitaxe foncière aurnit pour effet d'obtenir l'égalité agraire en forçant les propriétaires terriens : soit à faire valoir leurs domaines, ce qui accroitrait considérablement la demande des bras et ferait hausser les salaires, en même temps que les subsistances deviendraient plus abondantes et à meilleur marché; soit, quand les domaines sernnt trop vastes pour être lucrativement exploités, à les vendre à tout prix, ou à les délaisser gratuitement. Si ce résultat pouvait réellement être obtenu par l'unitaxe foncière ou le singletax, la question du malthusianisme se trouverait

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