3ü2 LA HEVUE SOC[ALISTE Si nous ne Yivons plus en communauté comme autrefois; si nous ne tolérons plus l'esclavage ou le servage; si notre population est plus intelligente, plus active, plus adroite, en a-t-elle moins sa valeur économique? La valeur morale et sentimentale tle la famille ne lui ôte cet'taincment pas sa valeur productive; pour être meilkurs, nos enfants n'en sont pas moins des sources de richesses. Pourquoi donc s'appauvrit-on en produisant les sources de toute production? Cc seul fait ne suffit-il pas à condamner nos institutions? La vérité est que la richesse produite par la population prise dans son ensemble passe à cl'autres qu'à ceux qui l'ont créée. Ce sont souvent ceux qui font le moins d'enfants, et qui, par conséquent, sont le moins méritants, qui sont les plus riches; et réciproquement, la classe la plus pauHe est précisément celle qui est la plus prolifique, la plus méritante, la plus productive au point de vue de la source. Certes, l'idée de tirer un profit des enfants que l'on élève nous répugne. On fait des enfants par goût, par sentiment, ou bien pour la gloire et la grandeur <lela patrie; mais pendant que l'on tire les marrons du feu, les malins les croquent. On insinue que la vertu ne doit pas êtee récompensée, sous peine de cesser d'être vertu! Belles théories pour les classes privilégiées! Le dérnncmcnt n'exclut pas les avantages matériels que produisent généralement les bonnes actions; le plaisir que l'on éprouve en accomplissant une tâche ou un devoir n'ôte pas le droit au produit de l'action accomplie. Si les auteurs de la population accomplissent un devoir, est-ce une raison pour les priver des richesses qu'ils créent, et attribuer celles-ci à d'autres qui ne s'en servent que pour exp loiter leurs semblables? Le progrès social ne peut résulter que de l'application des principes de justice. Or, le premier de tous les principes est celui qui assure la richesse à son producteur, le fruit du travail au travailleur. La justice, c'est l'équation parfaite entre le mérite et le salaire, entre l'action et la sanction. Si la population est réellement la source des richesses, les richesses produites par l'ensemble de la population reviennent aux reproducteurs de l'espèce humaine. Si ce principe est veai, on doit être d'autant plus riche que l'on élève plus d'enfants. V La population n'est pas seulement la source de la richesse en général, considérée collectivement; elle est la source d'une richesse
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