La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

• LE MALTHUSIANISME 501 L'étude doit être aussi complète que l'est le problème lui-même. Ce ne sont plus les intérêts d'une seule classe qui sont à considérer dans la recherche du remède, mais les intérêts généraux envisagés dans toute leur étendue. Toutes les socialités doiYent donc concourir à l'étude et à b solution du problème. IV Celui qui élève des bestiaux s'enrichit; celui qui élève des enfants s'appauvrit. Et cependant, pour la société, les enfants ont une valeur économique plus grande que les animaux. C'est la population qui est la source de toute richesse matérielle et intellectuelle. Sciences, arts, ag1·iculture, industrie, commerce, travail en général, les échanges, les communications, les idées, toutes les forces collectives se développent avec la population, et par la population. Ce ne sont pas ceux qui cultivent et qui fabriquent qui sont les plus méritants, mais ceux qui créent la source même des richesses. Si la richesse restait à ceux qui la produisent, les plus riches seraient ceux qui ont les familles les plus nombreuses; mais clans notre société, c'est le contraire qui se produit, ce qui est déjà une présomption très forte que les institutions sont établies pour que les richesses ne retournent pas aux travailleurs. Les auteurs de la population sont les Yéritables créateurs de la richesse et de la p.uissance nationale. Un propriétaire d'esclaves apprécie sa fortune d'après le nombre de têtes de son bétail humain; pourquoi une société civilisée n'évaluerait-elle pas aussi sa fortune d'après la densité de sa population? De ce qu'un père n'est plus propriétaire de ses enfants, s'ensuit-il que l'enfant, devenu libre et intelligent, n'a plus de valeur économique? De cc que l'esclavage et le servage sont abolis, l'homme a-t-il perdu sa valeur économique en devenant libre et en s'instruisant? Sous ce rapport, nous sommes moins raisonnables que les peuples primitifs. Dans la presqu'ile des Balkans, où l'on rencontre encore les anciennes coutumes, les communautés de familles, la richesse des familles se mesure par le nombre des enfants et descendants. C'est ce qu'ils expriment par un proverbe bien significatif: Plus il y a d'abeilles dans la 1·iiche, plus elle pèse. Les slaves méridionaux vivent en communauté; il regardent une naissance comme un bienfait. Plus la communauté est nombreuse, plus elle est forte (1). (1)Voir les belles recherches de M. Bogisic, l'aut~ur du Code monténégrin, sur les slaves méridionaux, résumées en franc:ais par M. Fédor Demelic .

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