La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

GûO J. "\ HEVUE SOCIALISTE autre côté ~e voyant écrasés d'impôts dont est exonérée la grande propriété, deviennent plus révolutionnaires que les prolétaires euxmêmes. Seulement, comme les petits patrons sont généralement plus instruits crue les ouvriers, ils feront à coup sût· de meilleure et plus prompte besogne. Voilà donc un premier renfort sérieux pour les prolétaires. A côté de la petite Lourgeoisie, il faut maintenant compter toute la classe édairée en général, qui a parfaitement conscience du danger que fait courir à la nation l'infécondité calculée et systématique. Le malthusianisme est un allié plus puissant encore que la petit<' bourgeoisie. Il faut désorm::tis trouver le remède, ou mourir. La recherche des causes profondes du malthusianisme nous forcera à pénétrer jusqu'au cœur même de la question sociale. Ici, il ne s'agira plus de préconiser des palliatifs, et l'on ne pourra plus se payer de mots, ni s0 contenter de réformes anodines. Les palliatifs ne feront qu'irriter et aggruYer 1<'mal. Le malthusien ne se laisse toucher ni par les sermons, ni par l'élocrucnce; il consultC' ses propres intérêts sans . c préoccuper de~ intérêts supérieurs de la patrie et de la société. C'est au législateur à faire son deYoir; quant à lui, il fait le sien en se préservant de la l'uine qui conduit au désespoir et souvent au suicide. Le inalthusianismc l'endra prochainement la solution du problème social urgente et inévitable. Qu'un Géraudel quclconc1uc invente une pastille stérilisante, et c'en sera fait du vieux droit. Il faudt·a inaugurer au plus tùt le droit nouveau, C'tintroduire enfin clans le monde lrs principes de justice et <l'équité après lesquels les peuples soupirent depuis tant <lesiècles! Malgré l'imminence du danger, le fléau du malthusianisme n'a jamais été étudié sérieusement, et peut-être scrnit-il prématuré lie proposer des remèdes. S'ils étaient insurflsants, ces remèdes ne feraient certainement qu'aggraYer le mal et précipiter la c:1.tastrophc finale. A dire le nai, cc ne sont pas les projets de réforme qui font défaut; chaque école socialiste a le sien, san'i parler de ceux préconisés par les sectes religieuses ou les moralistes de l'école sentimentale et naturaliste. Mais toutes les di,·ergences d'opinions ne prouvent qu'une chose : l'insuffisance des études. Jusqu'ici, le mal social a surtout été étudié clans ses manifestations les plus visibles, notamment dans la misère et ses consé- <1uences.Aujourd'hui, le mal se présente à nous sous de nouveaux aspects, et nous nous trouvons en présence de nouveaux éléments d'appréciation qui sont de nature à modifier nos ,·ues et notre manière de concevoir les phénomènes économiques et les rapports sociaux. Kous n'avons plus à considérer la question sociale à un point de vue exclusif, mais à tous les points de vue en général.

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