L.'l HE\"UE SOCIALISTE fusil et l'eau-de-Yic, également meurtriers, les tenants du pseudolibéralisme économique torturent la science moderne pour les hesoins de leur thèse et font de la théorie de Darwin niaisement interprétée un argument pour innocenter l'égo'isme et l'incurie des posséclants et des gou vcrnan ts. Et les économistes ne sont pas seuls à penser ainsi. Ilerbcrt Spencer lui-même n'a pas craint de se faire le puissant écho de leur lamentable parlage. Écoutez-le, et demandez-vous si vous ne croiriez pas entendre M. Leroy-Beaulieu plutôt que l'illusfrc auteur de la Sc-ience sociale : « La pauvreté des incapables, la détresse des imprudents, l'élimination <lesparesseux et cette poussée des forts, qui met de côté les faibles et en réduit un si gt·and nombre à la misère, sont les résul- .tats nécessaires d'une loi générnlc, édairée, bienfaisante (1). ,, Qu'est-ce que M. Spencer entend par incapables? Est-ce ceux cruisont organiquement mis dans l'impossibilité de s'utiliser, c'est-àclirc les infirmes? Il faudra donc ôter ses millions au fils infüme d'un millionnaire au sang gâté par la déhanche. Est-cc ceux qui sont socialement mis dans cette irnpossihilité? Cc sera donc à eux de payer les fautes d'une société qui ne sait pas utiliser ses valeurs. Pour cc qui est <le l'imprudence, de l'imprévoyance, qui sont les défauts des êtres peu cultivés, c'est par l'effet d'une loi générale qu'ils sont éliminés et laissés en détresse par de plus prévoyants et de plus prudents qu'eux. Mais comment qualifier cette fatalité toute naturelle, toute organique, d'éclairés et de bienfaisants? Ne serait-ce pas bien plutot à une société éclairée et bienfaisante de redonner courage aux paresseux et d'apprendre la prévoyance aux irnpréYoy::mts? Si la société ne doit point corriger la nature, à quoi sertelle? A assurer la jouissance d'une infime minorité de gens trop éclairés, trop prévoyants! Le jour où la majorité s'apercevra qu'elle ne sert qu'à cela, plaignons la minorité ... Et puis, qu'est-cc qu'Ilerbert Spencer entend par « la poussée des forts >,?La conquête de la Gaule Romaine par les hordes franques fut une « poussée des forts». Ces « forts,, se partagèrent le sol et les personnes des vaincus, et ceux-ci mirent quinze siècles à se débarrasser de leurs vainqueurs. N'a donc raison que quiconcrue est le plus fort? Que demain trente millions de soldats chinois armés à la dernière mode envahissent notre occident, détruisent notre civilisation et fassent succéder à nos gouvernements d'opinion le despotisme asiatique, ils auront donc raison aux yeux du philosophe anglais? Oui, puisqu'ils auront été les plus forts. C'est là le (1) L'lndicùlu contre l'État.
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