LE DROIT ÉCOI\OMIQUE 541 tion des pouvoirs pulilics pour en obtenir la limitation légale de la journée de travail à huit heures. Qu'objectent les économistes à cette limitation? Théoriquement, que l'État n'a pas à intervenir entre l'acheteur et le vendeur de travail, libres contractants tous deux. Nous avons fait suffisamment justice de ce sophisme pour ne plus avoi1· besoin d'y revenir. Pratiquement, ils allèguent que l'ouvrier, travaillant moins, gagnera moins. Allégation démentie par les faits. A mesure que les ouvriers anglais, sourds aux objurgations désespérées des économistes de Manchester, faisaient grève sur grève et, à chaque victoire, diminuaient la durée quotidienne du labeur, les salaires montaient. Le même fait s'est produit aux États-Unis. Ainsi, à Paris, le taux moyen du salaire est de 5 fr. 18 par jour pour une denrée moyenne de travail de onze heures; à Londres, le salaire moyen est de 7 fr. 65 pour une journée de neuf heures; aux États-Unis (Massachusetts), le salaire moyen est de 10 fr. 35 pour une journée de neuf heures (1). Les économistes vont-ils alléguer que le coût d'entretien est plus élevé à Londres et aux États-Unis qu'à Paris ? Tandis qu'à Paris le demi-kilo de pain coûte 20 centimes, il coûte 21 centimes à Londres et à Boston ; le bœuf et le mouton coûtent à Paris 82 et 89 centimes le demi-kilo, 93 et 80 centimes à Boston et 97 et 89 à Lonclrns. Tout compte fait, tandis que l'ouvrier français dépense 132 fr. 36 pour son entretien, l'ouvrier anglais a l'équivalent pom 120 fr. 05 et l'ouvrier américain pour 147 fr. 43, en sorte qu'à consommation égale, et en prenant comme étalon le salaire de chaque ouvrier, on peut dire que si l'ouvrier français vit 'un mois avec son salaire d'un mois, l'ouvrier anglais vit 48 jours avec le sien et l'ouvrier américain 56 jours. En réalité, l'ouvrier anglais et l'ouvrier américain ne vivent que 30jours avec leur salaire de 30 jours, mais ils augmentent d'autant leurs satisfactions. Ce qu'il fallait démontrer. Des économistes poussent la théorie de l'abstention de l'État si loin qu'ils vont jusqu'à blâmer l'institution de l'assistance publique. « La population qui a recours aux deniers publics, disent-ils, est une population déprimée, paresseuse et vicieuse. La secourir, c'est lui permettre de faire souche d'une race qui reproduira tous ses défauts à un plus grand nombre d'exemplaires. » On reconnaît là les féroces paroles de Malthus adaptées à la mode scientifique. De même que les sauvages ne prennent de notre civilisation que le . . (1)Rapport Delahaye à !'Exposition coloniale et internationale d'Amsterdam, publié par les soins du mmistère du commerce._
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