La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

LA IIE\'UE SOCIALIS1E fai1·cson bonheur ou son malheur, mais sa p1·opre Yolonté. Ce qui re\·ient à dirr : Le fils d'un voleur ou d'une prostituée a autant de chances de conquérir une chaire de professeur <lephilosophie que le fils cl'un membre cle l'Académie des sciences morales et politiques. ~fais nous aurions tort de nous indigner contre la stupidité de tels raisonneurs, attenJu qu'ils ne sont pas libres de raisonner autrement. n,··pétons-le à satiété : La liberté n'existe que par les conditions r1uila constituent. L'homme né pauvre qu'on a contraint de donner au travail les années que l'homme né riche a consacrées à s'instruire n'est pas auc;;silibre que celui-ci : attendu qu'il ne pos. èdc pas les mo.)cns matériels et intellectuels clc se constituer sa liberté. Kous a\·ons YU qu'un tel homme n'est lib1·cni comme producteur ni même comme citoyen. Pour qu'il le devienne, il faut que la loi, cxp1·cssion du rnuloir social (lequel est l'expression des nécessité5 des choses accommodées aux besoins des hommes), intervienne et mette en sa possession les moyens de liberté qui lui manc1uent. - Gardez-vous-en hien ! s'exclament les économistes <lela vieille roche. En croyant scn·ir les ouvriers, vous feriez leur malheur. C'est cl'eux-m0mes c1u'ils doivent conquérir leur bien-être. Si vous les hahitucz à compter sur l'État, c'en est fait de l'esprit d'initiati\·e et du progrès. Vous ferez ck. ouvriers autant de mendiants incapables dorénavant de se suffire et auxquels il faudra distribuer la spol'tulc comme à la plèbe romaine de la période impériale. Tout d'abord, il y a une grosse erreur de fait. Jamais le pouvoir, de sa propre initiative, n'est intervenu en fo.Yeurdes ouvriers. Ç'a toujours été sous la pression, parfois comminatoire, des réclamations ouvrières que la législation du trnvail s'est constitucc en Angleterre. Sans l'agitation chartiste, la formation des puissantes lrndes unions et de formidables grèves alimentées par les cotisations de toute la plèbe anglaise, jamais la classe ouvrière <l'outre-Manche n'eùt YU s'alléger le fardeau qu'elle supportait il y a cinquante ans. En France, ce n'est pas seulement les théoriciens du sociali:,mc qui revendiquent une législation du travail, mais l'élite de la classe ouvrière organisée en chambres syndicales. C'est également sur cc programme qu'en moins de vingt années s'est constitué en Allemagne un puissant parti politique avec lequel l'empereur vient d'être forcé de compter. - La classe ouvrière a été aveuglée par les sophismes socialiste~, et clic a méconnu de véritables intérêts, répondront les économiste~. ~ous leur avons répliqué d'avance en montrant les résultats obtPnus; si cette leçon des faits ne leur suffit pas, nous leur oppo- :,Crons les théorèmes <lela science économique. Les travailleurs conscients demandent en cc moment l'interven-

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