LE DROlT Ü:ONO~IIQL'E G3D sure transitoire destirÎée à créer les conditions matérielles et morales de la liberté et de l'égalité faute dest1uelles la liberté et l'égalité ne sont que des mots sans signification. C'est un pri,·ilège, soit, mais un privilège nécessaire. Entendonsnous, d'ailleurs, sur le sens du mot privilège: Au sens strict du mot privilegiwn, J))·ivata le.i;, privilège veut dire loi privée, loi particulière. La protestation nécessaire contre ces inégalités abolies par la Révolution française attad1a une défaveur marquée à ce mot, qui exprimait alors une violation du droit gcnéral en faveur d'un ou plusieurs particuliers. Aujourd'hui, il n'en est pas de même, et sa Yéritable signiÏLcation, en présence des criantes inégalités économiques et sociales qui sont la caractéristique de la société moderne, est: Application de lois différentes à des catégories diffél'entes d'individus. Les classes sociales, abolies en droit par la Révolution, n'ont pas cessé cl'exi ·ter en fait, le fossé qui les séparait va même s'élargissant à mesure que se constitue la féodalité capitaliste. Il est donc juste de faire cesser cette hypocrisie qui consiste à s'appuyer sur une déclaration verbale et sans sanction pour nier les faits les plus avérés. D'ailleurs, les lois particulières n'ont jamais été abrogées totalement. Qu'on relise dans le Code ci,·il les articles relatifs au contrat cle louage, et l'on s'a. surera que le législateur a vu fol't nettement la ,lifférence qui existe entre le prnlétaire et le bourgeois. L'Angleterre, pays où les classes ont une existence légale, possède une législation de classe où chacune de ces classes possède ses privilèges, ses lois particulières, qu'elle arrache au reste de la nation à mesure que le hesoin s'en fait sentir. C'est ainsi c1ue ce pays a vu se développer toute une législation protectrice des travailleurs à mesure que se constituait la féodalité capitaliste. Ce réalisme social leur a été certes plus utile que l'étroit et faux idéalisme qui régit le droit français et refuse toute assistance aux innocentes victimes de la lutte pour l'existence. Intervenir en faveur du travail, c'est violer la liberté humaine, disent sans rire les théoriciens du laisse~-{afre, laisse~•passer. Nous venons de voir que ce qu'ils prennent pour la liberté organique n'est que l'anarchique indépendance des primitifs au service de laquelle sont mises les forces sociales. D'où vient donc l'erreur grossière qui les fait ainsi divaguer'! De la conception métaphysique qu'ils ont de l'homme et de ses attributs. Pour eux, l'homme nait libre, et il est l'artisan cle son bonheur et de son malheur. Nous avons vu qu'au contraire l'homme ne naît pas libre, mais le devient. Cette manière métaphysique de raisonner .entraîne un autre sophisme. Puisque l'homme est libre, qu'il porte en soi sa liberté, ce , ne sont pas les conditions du milieu ou de l'hérédité quï peuvent
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==