La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

ENCOIŒ LES LOIS DE FABRIQUE 533 Cette conséquence est cependant très importante. Les hauts salaires ont pour effet de stimuler les progrès de la technique industrielle. Quand la force de travail se vend cher sur le marché, le capitaliste est vivement intéressé à lui faire rendre son maximum de productivité .. \.u lieu de gaspiller cette précieuse force à des tranwx bas et inférieurs, il la combinera au contraire à des moyens de travail perfectionnés, outils et machines, de façon à ce qu'elle produise de grandes quantités de marchandises. Le haut prix des salaires est une excitation permanente à l'invention de combinaisons nouvelles et aYantageu ·es. C'est le coup de fouet qui réveille l'homme de cette routine <l'esprit, de cette paresse intellectuelle dans laquelle il a une tendance fatale à s'endormir (voir Cesare Lombroso, Etude sur le misonéisme, 7ouvelleRevue, année 1890).Réduire la journée de travail et par contre-coup augmenter les salaires, cc serait déchainer clans le monde industriel français une nouvelle force novatrice, progrcssi ve, transfol'Jnatrice; ce serait rendre à la production et à la société un véritable service que de dé\'clopper ainsi les énergies qui sommeillent en elles. Karl Marx a parfaitement signalé cette importante conséquence; il dit expressément, page 178: « Dès que la loi oblige la journée de « traYail, la machine se transforme aussitôt entre les mains du « capitaliste en moyen systématique d'exton1uer à chaque moment cc plus de labeur. Mais pour que le machinisme exerce cette pression « supérieure sur ses servants humains, il faut le per{ectionne1·, sans « compter que le raccourcissement de la journée force le capitaliste <c à tendre tou les ressorts de la production et à en économ,iser les t< frais. » Il cite plus loin cette phrase extraite des rapports <lesinspecteurs de fabrique: « Les grandes améliorations introduites dans les ma- « chines de toute espèce ont augmenté de beaucoup leur force pro- « <luctive. Il est hors de toute que c'est le raccow·cissem,ent de la cc journée de travail qui a stimulé ces améliomtions ... » Du reste on ne saurait trop lire à cet égard les pages 178-179-180 du capital, qui sont remplies de faits probants. Si l'élévation du prix du travail est une cause active de progrès industriel, d'invention de nouveaux procédés d'application des machines à la production, il doit s'ensuivre, comme corollaire, que le bas prix des salaires est un obstacle très fort à de semblables et aussi utiles perfectionnements. C'est en effet ce qui arrive : un salaire misérable détourne le capitaliste non seulement de la recherche et de l'inYention mais aussi de l'emploi <lesmachines déjà connues. « Aussi voit-on, dit K. Marx, aujourd'hui des machines inventés en « Angleterre qui ne trouvent leur emploi que clans l'Amérique du « Nord. Pour la même raison l'Allemagne au xv1•et au xvu• siècle.

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