La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

522 L.\ REVUE . OCIALISTE égard, elle qui, pour aYoir voulu, à bon droit, transformer ses Yicux rouages, cherche, depuis cent ans, une organisation stable qu'elle commence ti peine à trouver après de si cruelles oscillations. 1 os pères, malgré leur initiative hardie et leur audace féconde, n'avaient pas pu imaginer d'avance dans tous ses dispositifs une constitution parfaite. Ils se sont bornés à poser quelques principes généraux, tels que l'égalité devant la loi, les droits de l'homme, la souveraineté du peuple. Ils nous ont fourni la base inébranlable de la république démocratique. De là se sont dégagées plus tard des const'-quences imprévues, à mesure que le déroulement <les faits les renclai t nécessaire. Pourquoi donc se montrerait-on plus exigeant envers les réformateurs d'aujourd'hui et leur imposerait-on de lire dans l'avenir au delà des prévisions humaines? Ils appo1-tcnt comme donnée l'abolition de l'hérédité et ils indiquent la Yoic ii suivre pour une rénovation future. Cela suffit. S'ils ne vont pas jusqu'au terme, s'ils n'ont pas le bonheur d'ahorclcr la tcL"rcpromise, ils auront eu du moins le mérite d'y oricntct' leurs successeurs. N'est-elle pas assez belle cette terre promise, pour que l'on se mette en route avec arc.leur? ~'est-elle pas assez séduisante pour tenter les plus insouciants, pour émouvoir les moins enthousiastes? Un aperçu sommaire du collectivisme vous montre déjà ses avantages: le travail personnel devenu l'unique source de tous les profits ; plus d'oisifs d'aucune espèce; plus de commerce avec toutes les conséquences qui en découlent, aYec les tentations malsaines qu'engendre trop souvent l'appât du gain; plus de mariage d'argent; plus de captations d'héritage; c'est-à-dire l'homme rendu meilleur et le niveau moral de l'humanité relevé, car le véritable moyen de perfectionner les hommes n'est pas seulement de leur prêcher la vertu, c'est aussi de leur retirer l'intérêt de mal faire, c'est de rendre leur mauvaise conduite inutile. Il n'est pas douteux que la plupart des questions soulevées par les socialistes présentent des complexités qui ne s'offraient pas au premier coup d'œil. En les approfondissant, on s'aperçoit qu'elles ont des ramifications imprévues, qu'elles s'étendent si loin qu'on ne peut pas toucher à l'unê d'elles sans ébranler tout un système compliqué. Il faut donc les aborder avec tact et mesure, mais il faut aussi les aborder de front et virilement. Plus le problème est ardu, plus tôt il faut se mettre à la besogne, provoquer l'entente, avertir les hommes et éveiller leur attention. Nous sommes, il est vrai, dans une époque de petit espoir et ceux que leur talent et leur réputation semblent aujourd'hui désigner comme les guides de la pensée humaine, sont, pour la plupart, comme frappés de lassitude et d'impuissance. Ils raillent volontiers les socialistes qui entrevoient le bien dans l'avenir et plus encore

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