La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

520 LA RE\'UE SOCIALISTE bonne gestion •des affaires de l'État exige qu'il soit éclairé. C'est l'honneur du gouvernement hélvétiqne d'a,·oir provoqué sur ce point une entente internationale. La quc:;tion si bien posée par votre république, sera sans doute résolue bientôt, malgré sa complexité, parce qu'elle a l'avantage de ne pas modifier le régime de la propriété, de ne pas léser la bourse des privilégiés, et vous savez combien cette bourse est près de leur cœur. Voici une autre mesure qui, si elle était plus répandue, serait certainement une amélioration. Je veux parler des sociétés en participation aux bénéfices. Ce sont des sociétés dans lesquelles le patron, comme aujourd'hui, est et demeure possesseul' du capital, mais où il abandonne à l'ouvrier un peu plus que son salaire habituel; il lui laisse en outre une certaine portion de ses bénéfices et ces suppléments de gain accumulés peuvent constituC'r pour l'ouvrier soit des fonds pour une caisse de retraite, soit mème une part de propriété de l'usine. Il existe un très beau spécimen de cette organisation clans le familistère de Guise fondé par Godin et qui a pris, depuis trente ans, un développement extraordinaire. Là, les ouvriers jouissent pour eux, pour leur famille, dans un palais social, d'un bien-être, d'une aisance, d'un luxe relatif inconnus ailleurs, et de plus ils arriYcnt à la longue à devenir possesseurs d'une certaine part de la fabrique. Cet exemple devrait, cc semble, exciter l'émulation autant des ouvriers que des patrons, puisque Godin non seulement a créé à ses collaborateurs une position exceptionnellement favorable, mais aussi a amassé une immense fortune personnelle. Pourtant, il n'en est rien. Depuis un siècle bientôt que ce système est préconisé, le nombre est petit des sociétés qui se sont fondées d"après lui et qui ont prospéré, et même les socialistes ne l'envisagent pas d'un bon œil. Une des raisons de ce peu de faveur, c'est que le système, en tendant à l'cxci·s les muscles de l'ou\Tier, fait rendre au travail son maximun d'effet utile, tandis que, comme la plus grosse portion du bénéfice revient toujours au capital, le grand profit est en somme pour le patron. Une autre raison, et plus grave, c'est que dans l'état de concurrence illimitée oil nous Yivons, les sociétés en participation doivent lutter contre les autres grandes fabriques et lutter entre elles, et comme une guerre suppose nécessairement des vaincus, les sociétés les mieux établies elles-mêmes pourraient d'un jour à l'autre succomber, comme a périclité jadis en Angleterre l'organisation jadis si brillante et si fructueuse fondée par Robert Ü\\'en. Aussi, tout en recommandant, à défaut de mieux, les sociétés en participation, comme une mesure transitoire, capable de profiter clans certains cas à quelques indiYidus, il faut reco11naîtrc qu'elles sont tout à fait insuffisantes, qu'elles ne peu-

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