COUP O'ŒIL SUR LE SOCIALISME CONTEMPORAIN 51() hommes travaillant et les machines de plus en plus perfectionnées, devenant les auxiliaires du travailleur, au lieu d'en être les ennemis comme aujourd'hui, la durée de la tâche individuelle diminuerait sensiblement et pourrait être réduite à quatre heures par jour. Le reste du temps chacun aurait le loisir de s'occuper à son gré des choses de l'esprit. Il est à remarquer que ce système ne diffère pas notablement de celui auquel sont soumis actuellement les jeunes écrivains sans fortune et qui ne sont pas encore célèbres. Comme la littérature ne leur rapporte guère, ils sont obligés d'avoir une occupation pour gagner leur vie; les uns se fatiguent dans l'enseignement, d'autres passent toute leur journée dans un bureau, et tous s'estimeraient heureux de subvenir à leurs besoins par un travail manuel de quelques heures qui lem procurerait un exercice physique salutaire et ne fatiguerait pas leur cerveau. D'autres pensent, comme M. le professeur Thury, de Genève, que chaque citoyen pourrait passer un certain nombre d'années à travailler enrôlé dans cette armée d'un nouveau genre comme on l'est maintenant dans celle des soldats et que, après avoir satisfait à son service industriel, comme on satisfait à son service militaire, il aurait acquis le droit d'utiliser à sa guise les loisirs du reste de la vie. Il m'est impossible d'entrer dans le détail des perfectionnements que les collectivistes ont apportés et apportent tous les jours à leur système. Vous les trouverez exposés d'une façon magistrale et avec une lucidité merveilleuse dans le beau livre de Georges Renard, Études sur la France contemporaine. Mais quelle que soit l'ingéniosité de leur plan, il va sans dire que les socialistes ne comptent pas arriver d'emblée jusqu'au bout de leurs désirs. Les plus impatients d'entre eux sont obligés de convenir, lorsqu'ils raisonnent de sang froid, qu'ils ne pourraient y atteindre que lentement et par étapes successives. Mais ils veulent s'engager résolument et sans faiblesse clans la voie qu'ils se sont tracée, et voici quelques-unes des mesures qu'ils recommandent comme propres à les rapprocher de leur but. Je ne vous dirai qu'un mot de la réduction de la journée de travail à huit heures. L'ouvrier dont toute la vie est occupée du matin au soir et absorbée par un travail manuel, n'a pas le moindre loisir pour penser, pour tenir son esprit au courant de tout ce qui pourrait le distraire, l'élever et l'ennoblir. Après une lourde journée de douze heures, lorsqu'il revient dans son pauvre foyer, il ne peut guère éprouver le désir et il n'a pas le temps matériel de rechercher les délassements salutaires ou un enseignement utile. Il a trop d' exercice pour ses bras surmenés et pas assez pour son esprit que la rouille tend à envahir. Pourtant cet homme est un citoyen, et la
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