La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

• 51ü LA REVUE SOCIALISTE comment songer ,\ anéantir les ressources mêmes du sol? Une pareille idée ne peut pas même s'offrir à l'esprit. Ce programme n'abolirait pas non plus la propriété indiYiduclle, ce (1ui ne peut pas S<' concc,·oir davantage, car il faut bien que je puisse jouit' de mes vêtements, clemon domicile, de mes meubles, sous peine de n'avoir pas même un moment de liberté et de sécurité. Le programme collectiviste a simplement pour but: 1° De Jaire du sol, des usines, de l'outillage ac;cumulé, c'est-àdire de tons les moyens de production, en un mot du capital, la propriété collective de tous les citoyens d'une même nation. 2° De laisser subsister la propriété individuelle pour tous les objets de production, chaque citoyen en disposant à son gré et en jouissant suivant la mesure de son travail personnel. Avant d'entrer clans le détail de cette ot·ganisation, je dois Yous montrer <[Ueles collectivistes la soutiennent non seulement parc~ <1u'elleest juste et respectueuse des droits de chacun, mais encore parce c1u'clleest conforme, disent-ils, aux tendances de l'industrie moderne et que nous y sommes amenés pour ainsi dire fatalement. En effet, que se passe-t-il depuis un siècle ? L'inévitable résultat de la concurrence à outrance, et cet état de guerre permanent où se débat le commerce, a été de ruiner les petits commerçants, les petits industriels qui n'avaient pas assez d'argent pour soutenir la lutte. Leur succession a été recueillie aussitôt par ceux qui les avaient assassinés et il s'e. t établi ainsi pen à peu d'immenses u. ines où travaillent des milliers d'ouvriers, des magasins démesurés qui occupent des armées d'employés, et qui appartiennent par indivis à <lessociétés d'actionnaires. Yous voyez donc là un capital entre les mains de plusieurs, d'une collcctiYité; c'est déjà le collectivisme en petit et il est l'aboutissant naturel de la situation présente. Une conséquence semblable est résultée de l'immensité des entreprises conçues et exécutées clans notre siècle. Ce n'est pas un ind ividu seul qui pouvait, aYec ses propre::; capitaux, entreprendre le percement du canal de Suez par exemple. Il fallait là un concour,.; de fonds fournis par des centaines de milliers d'actionnaires.Encore du collectivisme. De même pour la transformation de l'industrie des transports et la création <leschemins de fer . Enfin le sol lui-même n'a pas échappé à c;ct entrainement. On croyait, après la Révolution et la vente des biens nationaux, que le régime de la petite prnpriété était définitivement établi en France. Eh bien, après une expérience <lecent ans,c'est le contraire que l'on constate. Les grands capitaux sont si puissants qu'ils ont réussi à reconquérir le sol, soit d'une façon directe, soit d'une façon détourn<'.·cc, ar le paysan, clans la plupart des cas, a été obligé d'hypothé-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==