La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

COUP D"ŒIL SUR LE SOCIALISME CO:'\TEMPORAIN u17 quer son lopin de terre, et c'est pour ses créanci.crs, pour les actionnaires des sociétés de crédit qu'il laboure son champ. Partout le capital, sous ses différentes formes, devient une propriété collective, et cette tendance, loin de décroitre, augmente de jour en jour. Elle aboutit à la constitution de sociétés si riches, c'est-à-dire si puissantes, qu'elles se dressent en face de l'Etat, le forcent à composer et lui imposent dans bien des cas leur volonté. Les socialistes les comparent, non sans raison, à ces seigneurs féodaux du moyen âge qui méconnaissaient si souvent l'autorité de leur suzerain, et ils remarquent qu'il suffirait d'un mouvement puissant pour faire tomber d'un seul coup cette féodalité financière, comme est tombée l'ancienne en 1789, et que cc jour là l'appropriation commune du capital pour toute la nation serait un fait accompli. Ce n'est pas tout d'avoir posé cette base du collectivisme, il faut cncorn donner une idée de la manière dont pourrait être organisée la société future. Les socialistes ne se dissimulent pas que cette partie de lem· tâche est la plus délicate et que, très forts lorsqu'ils exercent leur droit de critique parce qu'alors ils s'avancent sur le terrain solide de l'expérience, ils le sont beaucoup moins dans leurs projets d'aveni1·, puisqu'ils en sont réduits à des conjectures, à des aperçus, à des conceptions idéales. Mais, disent-ils, lot·squ'on est dans une maison qui s'écroule et qui menace de vous engloutir sous les décombres, le plus pressé est d'en sortir, de se mettre à l'abri, et il n'est pas indispensable d'avoir tracé d'abor<l et en détail le plan complet d'un palais parfait. Quoi qu'il en soit, voici une rapide esquisse de leur projet et vous la tt·ou,·erez sans cloutemieux arrêtée et plus précise qu'on ne pourrait l'attendre pour une organisation encore dans les limbes. Le capital, c'est-à-dire l'ensemble des moyens de production, est devenu la propriété collective de la nation. Donc, il n'y a plns d'opposition entre patrons et salariés, entre bourgeois et prolétaires, ou pour mieux dire, chacun se trouve devenu à la fois capitaliste et travailleur. ~ul ne pourra vivre de ses revenus par le travail des autres. Hormis les faibles et les infirmes, chacun sera astreint à un travail personnel, et cette obligation sera la seule à laquelle il sera soumis. Il pourra d'ailleurs choisir, suivant ses facultés, telle occupation que bon lui semblera et s'y livrer à ses jours et à ses heures. Dans les ateliers et les usines le travail s'effectuera sous le contrôle de surveillants élus. Le commerce étant supprimé, on ne verrait plus cette anarchie industrielle dont je vous parlais tout à l'heure et par laquelle certains articles s'entassent sur les marchés sans pouvoir trouver <l'acheteùrs, tandis que d'autres, qui seraient nécessaires, font défaut. La production serait réglée sur les besoins et cette règlementation deviendrait l'unique fonction • '

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