La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

C:OUPD'ŒIL SUR LE SOCIALISME CO:\"TEMPORAIN 013 duit à lui offrir les choses ù très bon marché, à des prix de plus en plus bas et, s'il est possible, inférieurs à ceux des rivaux. Or pour produire à bon compte, il est nécessaire de produire en très grande quantité afin de diminuer les frais généraux; et pour en arriver là, il faut de vastes installations, un personnel nombreux et un outillage perfectionné. Une fois qu'un industriel est organisé dans ces amples proportions, il est forcé, pour ne pas laisser dormir le capital engagé, de produire sans cesse; il ne peut pas s'arrêter, sous peine de ruine ; il produit, non plus, comme il serait logique de le foire, en vue des besoins de la population, mais simplement pour ne pas être obligé de fermer son usine. Très souvent les objets ainsi fabriqués sans utilité s'entassent dans les magasins faute de débouchés suffisants; il se forme des stocks énormes de marchandises qui attendent en vain des acheteurs jus<1u'au jour où l'industriel, victime de la concurrence qu'il a lui-même créée, est acculé ù la faillite, tandis que les ouvriers sont réduits au chômage. En présence de ces vérités indéniables, beaucoup de saYants, en particulier ceux que l'on appelle économistes, ont répondu: Oui, les choses d'ici-bas ne sont peut-être pas réglées pour le mieux. Oui, le pauvre est destiné à rester pauvre. Cela est fâcheux assurément, mais c'est nécessaire. La situation est pénible, mais elle est fatale; elle est, comme toutes les choses de ce monde, inévitable. Elle est comme un des anneaux de cette chaîne infinie et mystérieuse qui rattache les effets aux causes et les causes aux effets. Elle a clans cette série sa place marquée et l'on ne pourrait même pas concevoir qu'elle ne s'y trouvât point. Car elle dérive des lois économir1ues, lesquelles existent indépendamment de la volonté de l'homme. Elles sont comme les lois cosmiques, comme la gravitation qui règle le cours des astres. L'astronome ne peut que se borner à les observer et à les formuler avec une rigueur et une indifférence toute scientifique, mais son action ne s'étend pas sur elles. De même, l'économiste observe les lois de l'échange, de la production et de la répartition des richesses. Ces lois veulent que les uns mènent une existence opulente, tandis que les autres passent leur vie dans le dfnuement. On peut le regretter, mais il n'y a rien à faire à cela qu'à se croiser les bras en répétant la fameuse maxime : Laissez faire, laissez passer. Faut-il accepter ces conclusions désolantes? ont-elles, comme on prétend, la valeur de faits scientifiques rigoureusement démontrés et l'humanité, emportée dans son essor infini, va-t-elle butter contre une barrière insurmontable ; va-t-elle renoncer à la franchir; vat-elle s'arrêter lasse et découragée, en abandonnant la tâche de progrès et de développement qu'elle accomplit sans fin depuis des milliers et des milliera. d'années, et qui l'a conduite depuis l'état où

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