512 LA REVUE SOCIALISTE faite, ne vous en occupez plus. Dormez, rêvez, promenez-vous, faites le tour du monde, comme dit le socialiste américain Henri George, si bon vous semble, puis revenez au bout de quelques années : votre terrain vaudra dix fois plus que lors de votre achat. Il aura suffl pour cela que d'autres, des travailleurs, aient percé ùes voies qui en facilitent l'accès, construit à côté des maisons, une gare de chemin de fer, en un mot que, là où il n'y avait rien, d'autres aient créé un centre de vie active, et vous n'aurez qu'à bénéficier des fruits de leur travail. Ètes-rnus à la tète d'une grande industrie? Tâchez d'être en mesure d'occuper utilement le plus d'ouvriers possible. Car, comme je vous le disais tout à l'heure, le travail de chaque ouvrier peut se décomposer en deux parts ; l'une de ces parts, la tâche qu'il accomplit en quatre ou cinq heures, vous la lui payez et il obtient ainsi ce qui lui est indispensable pour vivre. :Mais quant à l'autre part de son travail, celle c1u'ilaccomplit dans le reste de sa journée, vous ne la payez pas et vous ne pouvez pas la payer, car elle représente précisément l'intérêt de votre capital et les profits de votre entreprise. Donc, plus vous occuperez d'ouvriers et plus votre fortune augmentera, toujours par le travail d'autrui. Vous parlerai-je des spéculations de bourse? de ces jeux où les plus honnêtes gens s'efforcent de se tricher les uns les autres, où par des nouvelles habilement répandues, nouvelles qui sont vraies quelquefois, je veux bien le reconnaître, on tâche de produire artificiellement une hausse sur telle valeur que l'on veut vendre ou une baisse sur telle autre que l'on veut acheter? Vous connaissez comme moi ce mécanisme par lequel on fait miroiter aux yeux des naïfs des actions de sociétés plus ou moins extraordinaires ou des marchandises que ni acheteurs ni vendeurs ne verront jamais, attendu qu'elles sont absolument fictives. Pourtant, par ce singulier commerce, les gens riches, ceux qui ont les reins solides, parviennent à s'enrichir encore aux dépens des moins bien armés, et cela sans avoir créé la moindre Yalcur, sans que leur gain soit la rémunération du plus petit service. Vous le voyez, Messieurs, plus nous approfon,lissons cette organisation actuelle, moins nous rencontrons la justice et la proportionnalité des jouissances au mérite. Cette organisation est-elle au moins favorable à l'ensemble de la production? Est-elle si bien conçue que les efforts individuels soient coordonnés en vue d'un résultat et obtiennent tout leur effet utile et que sous ce rapport des avantages solides compensent ses défauts? Bien au contraire, l'excès de concurrence a amené le désordre et l'anarchie. Cette concuerence que l'on vante tant, que l'on a appelée l'âme du commerce, fait que, pour attirer la clientèle, on est con-
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