La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

COUP D'ŒIL SUR LE SOCIALISME CONTEMPOHAIN 511 en quelques heures par un chemin de fer au lieu de me servir de mes jambes, ce qui m'aurait demandé plusieurs semaines et causé beaucoup <lefatigue- défi à la nature. J'ai rencontré dans vos rues spacieuses des hommes de police qui me protégeaient éventuellement contre des gens malintentionnés et plus robustes que moi <JUi auraient pu m'assaillir-défi à.la nature. En vérité, Messieurs, dire que l'égalité n'est pas désirable, c'est dire qu'il n'est pas à souhaiter <1uetous les hommes :oient sains et vigoureux et qu'il est bon d'avoir dans la société des malades et des infirmes. Apparemment pour avoir le plaisir de les soigner. Non, ~Iessieurs, cette inégalité rrue l'on nous vante et qui fait du désir de gagner de l'argent le premier moteur des hommes et leur puissant ressort, n'est pas une chose si belle et si féconde que l'on doive être si soucieux de la conserver. Dire qu'on ne pourrait pas la remplacer, c'est calomnier la natut·e humaine. On peut imaginer que les hommes écrivent des poèmes, étudient la botanique et se livrent à la poursuite des grandes im·entions, non pas seulement dans le but de s'enrichir, mais dans le but plus simple et plus noble d'exercer leut· génie, de pénétrer les secret de la nature et d'être utiles à leurs semblables. Yoilà. dans quel sens des penseurs soucieux de la dignité humaine devraient avoir l'ambition de pousser les hommes au lieu de célébrer une inégalité funeste à un si grand nombre de citoyens. Si encore, ~Iessieurs, l'inégalité sociale, c'est-à-dire la différence des fortunes, corres_pon<lait à l'inégalité morale, c'est-à-dire si le plus intelligent, le plus honnête, le plus Yertueux, le plus travailleur, était aussi le mieux partagé sur cette terre, si l'argent et les bienraits qui en sont la suite allaient toujours au mérite, s'il y avait ainsi une sorte de parallélisme entre la situation d'un individu et sa valeur, certes alors les partisans du système actuel seraient dans une position teès forte pour le défendre. Mais permettez-moi de vous dire qu'il n'en est rien. Et comme preuve examinons un peu en détail les manières dont on arriYe aujourd'hui à la fortune. Le premier chemin est la naissance; c'est à coup sûr le moins fatigant. De même qu'autrefois on naissait grand seigneur, on nait maintenant millionnaire. C'est une situation étrange bien que très onlinaire qu'un bébé entre dans la vie déjà possessem d'un château, tandis qu'un autre à côté n'a pas mème un lange; j'imagine qu'elle nous paraitrait tant soit peu monstrueuse, si elle ne nous était pas si familière. Car elle n'est guère conforme à la justice, qui veut que chacun soit traité suivant ses œuvres. "Cnautre chemin des plus suivis à notre· époque pour augmenter sa fortune sans se donner de mal, c'est d'acheter des terrains vagues aux environs d'une ville en voie de développement. Cette acquisition

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