510 L\. TŒ\'UE SOCIALISTE térencc des privilèges qui sont l'apanage de quelques-uns aux dépens des autres, privilèges qui se résument aujourd'hui en un seul mot: l'argent. La première, l'inégalité naturelle, il est évident qu'il faut la sul>ir dans une certaine mesure, puisque nous ne saYons pas encore corriger la laideur, rectifier les épines dorsales déviées et stimuler les intelligences paresseuses. :Mais qui oserait dire que ces rC:•sultats,possibles ou non à obtenir, ne sont pas à souhaiter? Il est étrange à notre époque d'entendre <les penseurs venir faire dC'vant nous l'éloge de l'état de nature. Car enfin, Messieurs, c'est cela et et non autre chose que l'on nous vante. Remontons par la pensée le cours des ùgcs. Que trouvons-nous au début? Le fort écrasant le faible pour lui ravir sa pitance, le rusé, l'adroit accabl:\nt le timide, le-moins vigilant, et s'emparant des fruits de son travail; en un mot l'inégalité naturelle dans toute sa force et, comme on <lilaujourd'hui, la lutte pour la vie à l'élat <lepurct<'·.C'est pour atténuer cette ituation, c'est pour diminuer cette inégalité, pour prot<;gcr le faible contre le fort, que les lois ont <'•téinventées et perfectionnées peu à peu; c'est là leur raison d'être philosophi<1u<',et l'on peut dir<' en -;omme que l'histoire de la civilisation n'est pas autre chose que la lutte <les hommes contre l'inégalité naturelle. Aujourd'hui f;i l'on entend tant ùc plaintes, c'est qu'il subsiste encore parmi nous trop de cette inégalité possible à diminuer; c'est que nous sommes encore dans un état trop voisin de la barbarie et qu'il nous faut faire un pas décisif pour en sortir et nous avancer davantage dans la civilisation. Est-cc là, comme on l'a prétendu, de l'envie, de la basse jalousie? "en croyez rien, ~Iessi<'urs. Ce que l'on appelle ainsi, je l'appelle, moi, le désir 16gitime d'améliorer sa sil nation et de la rendre aussi bonne, aussi agd·able qu'on peut l'imaginer. Comment, si je sou!Tre d'une maladie de poitrine, serais-je un envieux parce que j'a:--pi1·e à me guérir et parce que je fais tous mes efforts pour ressembler aux hommes bien portants qui m'environnent? Si je suiRastlunatic1ue, sernis-je coupable de chercher à respirer librement comme les autres? Si j'ai la vue faible, dois-je la conserver telle parce <ruela nature me l'a donnée, et si je mets des lunettes pour égaler mon voisin qui a une vue normale, aura-t-on raison de me lancer l'anathème, et de dire que je suis dévoré du bas tourment de l'envie? Un éminent philosophe du canton de Vaud, M. Charles Sccrétan, a écrit <1ue « l'effort pour égaliser est un défi porté à la nature,. Quant à moi j'accepte volontiers cette définition, ca1· j'observe que ma Yic tout entière d'homme civilisé s'en accommoderait à merveille. Je vois clans cette salle, où j'ai le plaisir de m'entretenir avec vous, un gaz brillant qui diminue l'inégalité de clarté qui existe entre le jour et la nuit- défi à la nature. Je suis venu de Paris jus<1u'ici
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