COUP D'ŒÏL SUR LE SOCIALISME CONTEMPOR-UN 50!) augmenterait soit par le surcroît <lesnaissances, soit par la concurrence de travailleurs étrangers moins favorisés, comme le prouve l'affluence des Chinois en Am~rique et des Italiens en France, et le grand nombre des bras disponibles ramènerait bientôt le salaire vers sa moyenne. D'ailleurs, si le salaire, c'est-à-dire en définitive si la main-d'œuvre augmentait, il est évident que par cela même le prix des denrées augmenterait dans une proportion correspondante, et l'ouvrier, forcé de payer plus cher toutes les choses de la vie, ne tirerait point proftt de son supplément de gain. De quelque côté que l'on se tourne, vous le voyez, Messieurs, on se heurte à cette fatalité, que Lassalle appelait d'une façon saisissante la loi d'airain des salaires, et il faut arriver à cette conclusion cruelle, qu'il est impossible à la classe pauvre d'améliorer sa situation. Pourtant, a-t-on dit encore, 0ette inégalité qui existe clans la société n'est pas une chose si absolument mauvaise, car elle e:,;tun des grands stimulants de l'activité humaine. Elle donne à ceux qui se trouvent les moins favorisés le désir de s'élever et par conséquent de travailler pour améliorer leur sort. A cela, Messieurs, il y a plusieurs choses à répondre. D'abord, ce stimulant est généralement illusoire dans la plupart des cas, puisque, comme je crois vous l'avoir démontré d'une façon ÏL'réfutable, la loi d'nirain des salaires interdit aux pauvres, ou tout au moins à l'immense majorité des pauvres, l'espoir de changer leur condition. De plus, si l'inégalité peut, dans certains cas, encourager quelques individus par l'appùt du succès et si elle est ainsi quelquefois un excitant utile, elle produit en Înême temps un effet tout contraire, puisque, par un motif diITérent, mais tiré de la même source, elle tend à paralyser et elle paralyse en effet très souvent ceux qui se trouvent d'emblée placés au sommet de l'échelle. A quel travail voulez-vous que soit excité un homme qui est né possesseur d'une fortune, dont tous les besoins sont satisfaits, qui n'a pas eu d'autre peine à se donner que celle de naître et qui n'a pas d'autre effort à faire dans le cours de sa vie que celui de toucher ses revenus? Vous voyez clone, Messieurs, que l'inégalité n'est pas aussi féconde qu'un examen superficiel pourrait le faire croire. Soit, a-t-on répondu; féconde ou non, elle est dans la nature. Il serait injuste et il est d'ailleurs impossible et chimérique de la faire disparaître. Ici, il est nécessaire d'entrer dans quelques développe- _ments, parce que cette objection est une des plus spécieuses et aussi des plus fréquemment répétées. Il y a lieu de distinguer deux sortes d'inégalités, l'inégalité naturelle et l'inégalité sociale. La première se définit d'elle-même. Elle consiste dans la différence de la santé, de la vigueur, de la beauté et des qualités morales ou inteUectuelles. L'autre réside dans la dif-
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