La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

508 LA fŒYUE SOCIALISTE eux; enfin tu ne seras plus voué à une injuste ignorance: voici des écoles gratuites où tu recevras l'instruction. Désormais, tu as ta part <lesouveraineté et tu pourras l'exercer en connaissance de cause. N'y a-t-il pas là un contraste amer, une ironie cruelle entre cette puis ance nouvelle accordée au pauvre et cet état précaire oü il reste réduit à viHe? Plaisant souverain en vérité, souverain en guenilles, qui gagne à peine de <1uoisubsister au jour le jour, qui n'a pour perspective que la faim et la mendicité vers l'àge oü ses forces ne lui permettront plus de travailler, et qui, il faut le dire, quoique à regret, est trop souvent souillé de vices, compagnons ordinaires de la misère. Eh oui, dit-on, ce sont précisément ces vices <ruiempêchent l'ouvrier d'arriver à une situation meilleure; c'est sa pare se, son intempérance, son imprévoyance qui le maintiennent despotiquement dans la pauvreté, dans l::t sujétion dont il se plaint. Qu'il restreigne ses dépenses, qu'il s'éloigne du cabaret, qu'il épargne, et peu à peu, à la longue, il se formera lui aussi un petit capital; il pourra alors devenir patron à son tour, s'installer dans sa maison, employer des ouvriers. D'abord si ce fait se produisait, il y aurait <1uel<1uespatrons de plus, il leur faudrait des ouvriers pour exécuter la besogne manuelle, ouvriers qui resteraient eux-mêmes dans la dépendance, et l'affranchissement de la classe ouvrière ne serait pas accompli, le problème ne serait pas résolu. Qn'il épargne! Et sur quoi? C'est sur le superflu évidemment que l'on peut économiser, c'est-à-dire sur les plaisirs, sur les douceurs de la vie; et n'est-ce pas se moquer <1uede faire une pareille recommandation à des gens <1uin'ont pas toujours le nécessaire·! Il y a bien, il est vrai, soit des inventeurs, soit des médecins, soit des artistes qui, sorlis des rangs du peuple et ~ans fortune personnelle, parviennent, à force de talent, de tra\'ail et aussi de chance, à se constituer une large aisance. Mais cc sont là de brillantes et rares exceptions. Et puis, on est bien obligé de convenir <Ju'à ceux-là mêmes il a fallu un certain capital pour payer leur éducation. :\lais c'est un fait connu et constaté depuis longtemps, que la situation <le l'ouvrier doit fatalement rester ce qu'elle est. 11ne peut gagner que sa subsistance et celle de sa famille et rien au delà, triste vérité que Turgot avait déjà proclamée au siècle dernieret qui, depuis, a été de nouveau mise en lumière par l'expérience de tous les jours et aussi par les démonstrations du célèbre socialiste allemand Lassalle. Le salaiœ de l'ouvrier oscille, en effet, autour d'un certain chiffre dont il ne peut pas s'écarter. S'il baissait notablement au-dessous clccette moyenne, la classe ouvrière trop insuffisamment nourrie ne tarderait pas à dépéril' et l'industrie n'aurait pas les bras qui lui sont indispensables. $i ce salaire s'élevait, au contraire, la classe ouvrière

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