COUP D'ŒlL SUH LE SOCIALISME CONTEMPORAIN 507 Vous voyez tout <lesuite·la source de cette inégalité que je vous signalais et vous pouvez, pour ainsi <lire, la toucher du doigt.Le mal assurément existe depuis des siècles: voilà bien longtemps qu'on le constate et qu'on le hait, qu'il tourmente les gens de cœur et que les penseurs se sont occupés de le guérie. Platon, Thomas Morus, Fénelon, entre tant d'autres ont abordé la question de façons différentes; et puisque j'ai le plaisir d'être dans ce beau pays de Suisse où sont éclos les premiers germes de la liberté moderne, je dois ciler parmi ceux qui ont abordé le redoutable problème J.-J. Roiisseau et Sismondi, deux illustres citoyens de Genève. Mais si le mal n'est pas nouveau, il a pris de nos jours une acuité particulière, et cela pour plusieurs raisons. L'une de ces raisons est, par un contraste singulier, un <lesplus glo1·ieux progrès dont puisse se vanter l'orgueil humain à notre époque, c'est le progrès constant du machinisme. Le grand développement des machines, qui, à ne considérer que l'ensemble de ses résultats, est certainement un immense avantage, n'en a pas moins été funeste à la classe pauvre, aux ouvriers, lesquels nous occupent plus particulièrement aujourd'hui. Je ne vous signalerai qu'en passant ces sombres enfers souterrains qu'ont creusés les besoins de l'industrie moderne et où les mineurs, à la recherche de la houille, végètent en affrontant chaque jour une mort affreuse. Le retentissement des coups <legrisou et les listes des victimes publiées périodiqucment vous avertissent assez de la situation de ces malheureux. Je dois me placer à un point de vue plus général et envisager l'industrie tout entière. Qu'est-cc qu'une machine? C'est un ouvrier géant qui peut à lui seul remplacer dix, quinze, vingt ouvriers ordinaires ou davantage et qui, en outre, a S!lr eux cette supériorité, de ne pas manger de pain et de n'avoir pas de famille à nourrir. Par ces motifs, on conçoit que les patrons la préfèrent nécessairement, puisqu'ils en tirent un plus grand bénéfice. Mais à chaque machine nouvelle adoptée, voilà un certain nombre de travailleurs jetés sur le paYé, et de plus, les autres, ceux qui restent pour guider l'outil, n'ayant plus qu'une simple surveillance à exercer, voient leur zèle amoi~dri, leur mérite d'artisans habiles diminué puisqu'ils ;1.csont plus que simples manœuvres, <lesmachines au service d'autres machines, et comme de juste leur salaire est réduit par contre-coup. Et à quel moment se produit cette aggravation? Au moment même· où l'ouvrier, après une lutte longue et sanglante, obtient enfin, par le suffrage universel, son éman_cipation politique, où la loi lui dit: Un homme en vaut un autre, tu es citoyen, voiéi ton bulletin de vote ; tes enfants ne seront plus seuls à vetser leur _sang sm· les champs de bataille, les millionnaires porteront le fusil com1ne
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