La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

504 L:\ HEVUE SOCIALISTE Des gens d'église presque tous saints et vertueux, un roi (Louis X VI), Yoisin de la sainteté, une famille régnante composée <le princes bons, intelligents, honnl'les et bra,·es ; une noblesse combattant pour l'honneur et jamais pour l'argent; donnant à la France une pépinicre d'ofl1cicrs instruits et rnillants (san,;J doute Cantades, Soubise, de Broglie et de Conflans), un tiers-état lettré, des bourgeois opulent,;, un peuple heureux et adorant sou monarque, rnilù, scion ~l. ~larius Sepct, le tableau de la France arnnt la Hévolution. Alors, pourquoi l'ont-ils faite î Dans cet Eden qui nous est subitement ré,·élé, tout est C'harmant, tout est aimable, m,;me la prison de la Bastille. " Ceux qui en a,·aient tâté ne paraissaient pas en a.voir emporté gran<l'peur » (page 110). Souvent même ils n'en consC'rva.ient qu'un souvenir, " celui <le l'excellente cuisine du gouverneur " (ibi<lemi.- On se figure que la justice criminelle d'alors était barbare? Erreur! « Sous cc règne, et déjà sous celui <leLouis X,·, la sociétéjran.çai.~e so1i/Jrait plut<it d'an excès d'indulgence que d'un excè.s de repr-ession de la part <les dépositaires de l'autorité publique. " L'espa1·e nous manque pour résumer, méme en peu <le mots, la seconde partie du rnlume. Il comprend lcti mésaventures de Calonne, <le Brienne et le second ministère de Necker, jusqu'à la réunion des ttals•Généraux. On pourrait y signaJer de curieux chapit1·es sur les élections en province, sur les révo!Les de Bretagne et du Dauphiné c1uiprécédcrent la sec-onde crise. Un passage curieux et significatif est celui où l'auteur nous décrit 10 soulèvement du faubourg Saint-Antoine contre le f11.bricant Réveillon. D'aprcs M. Scpet, l'émeute fut exclu~ivemcnt l'O'U\TCde « gens sans aveu, pn,ts à tous les désordres, déguenillés, armés de gros bùtons, et dont l'aspect cfTrayant ;;ufflsait pour juger cc que l'on dcrnit en craindre. Ces bandit.~, etc. » (p. 353). Dé•cidémcnt les légendes ont la vie dure. Nous connaissons celle-là. pour l'avoir enlendu répéter :\ propos de chaque réYolution populaire 1i89-1792, 1830, 1848 ou 1871. Puur les écri,·ains <le l'autel et du trûnc, la i-érnlution de la faim est toujours l'œuvre des bandits. Eu terminant, l'auteur regrette que Louis X\'I n'ait pas eu la main assez lourde pour réprimer, par le canon, la Rérnlution de 1789. li nous cite a,•c1; éloge Je mot de son aïeul probable Henri I\', di ·ant bien humblement aux notables de Rouen en 1596: « Je vous ai fait assembler pour me mettre en tutelle entre vos mains. • i\lais aux courtisans étonnés de tant <le soumission, le huguenot apostat, dont le langage était toujours semé <le gasconnades, montrait, par une cscobal'dcrie vérit,ablc, sou épée en disant qu'il saurait bien s'en servir au besoin contre l'.\sscmblée. C'est l'attitude ordinaire des prétendants, et en particulier des Bourbons. Ils font litière de leur dignité pour <'aptcr la ccnfiancc publique, bien décidés à la trahir un joui·. c·cst le mot du madré Louis X\" 111en mettant le pied sur le sol national : « l\Jc,;sieurs, il n'y a rien de changé en France; il n'y a qu'un Français <le plus. > C'e~t le mot du plat Louis.Philippe sorti de son C'hùteau de Xeuilly, à la nouvelle de la \'ictoire du peuple: • ~lessieurs, je ne suis qu·un sim)'lc garde national qui viens rendre visite à son anc·icn général, l\I. <le Lafayette. u La France a été souvent la dupe de ces flagorneries intéressées et peu sind·rcs. A ujour<l'hui un prétendant ne s:iurait l'émou mir, méme s'il vient, en btl\·a.nt du champagne, réclamer ]c droit ù la gamelle égalitaire du troupier. P. M. Le Di.recteur-Gérant: BENOiT MALON. Paris. - Soc. d'imp. P.AlIL DUPONT. (Cl.). 4i8.4.90.

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