REVUE DES LIVRES 501 Qu'elles lisent le livre de Lesigne, et le spectacle de tout un peuple prenant conscience ùe soi, s'organisant pour chasser l'étranger, vidant ses escarcelles et donnant ses fils, leur pa1·aitra bien supérieur, comme poésie épique, à la glorification d'une femme enfermant, par un miracle inexpliqué, l'âme de la patrie clans son étroit,e poitrine. Nous avions tous au front, nous libres penseurs, un peu de la honte dont Voltaire se couvrit en ridiculisant d'infâme manière la glorieuse fille de Lorraine. Il avait touché d'une si impudique main à l'àme <l'une de nos plus radieuses figures nationales, que nous en étions demeurés gênés, comme honteux, devant les partisans de la légende. Grâces en soient rendues aux méthodes de la science moderne, appliquées avec une rigueur qui n'exclut ni le respect ni l'affection pour la bonne Jeanne; nous pournns sans remords remplacer la fable par l'histoire, a présent que Lesigne, avec une patience de savant et une émotion de patriote, a remis les choses en leur place. Avec une abondance dc>faits qui témoigne d'une longue et minutieuse recherche, Ernest Lesigne nous démontre t1ue Jeanne, une hallucinée mystique, servit de drapeau à la France renaissante encore dominée par mi lie superstitions. L'enchanteur l\lerlin (cxista-t-il 1) avait dit dans une prédiction devenue fameuse: « La Gaule, perdue par une femme, sera sau,·ée par une femme. " Avant .Teanne, d'autres voyantes s'étaienl offertes, l\Iarie d'Avignon, Catherine de la Rochelle, pour vaticiner en faveur des armes fran('aises. Jeanne, présentée par des frè1·es prêcheurs qui vivaient sans cesse en contact avec le peuple, fut accueillie par Charles VU, qui vit le parti a tirer de la superstition populaire. Jeanne fut donc envoyée à l'armée, sous la conduite du moine Richard, eu compagnie de Catherine de la Rochelle et de deux autres voyantes bretonnes. Lesigne va plus loin: Jeanne n'a pas été brûlée à Rouen, où d'ailleurs jamais on ne brûla pour cause d'hérésie, et elle s'est mariée. Ce qu'il établit par nombre de faits et de documents tels que le contrat de mariage de Jehanne du Lys, pucelle de France, aY~c le chevalier Robert des Armoises, seigneur de Tichiemont, et le livre des dépenses de la ville d'Orléans, où Jeanne est portée comme ayant reçu diverses libéralités quelques années après son prétendu supplice. Le livre de Lesigne, on le voit, vient à son heure : il témoigne une fois de plus que les peuples ne sont jamais sauvés que par eux-mêmes et que les signes, symboles ou drapeaux qui les groupent pour le bon combat ne sont jamais que des émanations d'eux-mêmes. Thé01·ie consolante s'il 011 fut, car elle démontre que les temps légendaires peu,·ent ètre finis sans que pour cela les héroïsmes sauveurs disparaissent avec eux. Et, malgré la parole célèbre, les temps héroïques ne sont pas finis, puisque la plus grande partie de l'humanité est encore opprimée. Mais, suivant une autre parole célèbre, "les sauveurs se sauveront», et les asser\'is du travail opéreront eux-mêmes leur salut, comme ont fait les Frani:ais du xv• siècle. E. FounN1imE. La femme pendant la période menstruelle, étude de psychologie morbide et de médecine légale. - 1 vol. in-8•, Félix Alcan, éditeur. Prix: G fr. • Les partisans de l'égalité absolue des deux sexes •, nous dit la notice de l'éditeur, « négligent un facteur important qu'il ne dépend pas d'eux de supprimer: l'état psychique et physique de la femme pendant la période menstruelle, source de troubles considérables qui l'empêchent d'être à tout instant prête à remplir les devoirs de la vie publique. "
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