La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

500 LA TŒVUE SOCIALISTE que côté qu'il se soit tourné, en effet, il n'a vu qu'un étalage de misére sordide en bas, d'hypocrisie béate et féroce en haut. Aussi, Londra sconusciuta est une série de tableaux vi,·ement brossés. Il débute par la physionomie du grand meeting du 13 no,·embre 1887, que le chef de police de Londres, Charles \Varen, interdit. Tout de suite, on sent que nous sommes en présence d'un anarchiste; car il blâme la sagesse de Hyndmann, les efforts des organisateurs pour contenir la masse innombrable des miséreux qui mcnai:a. un instant de courir sus aux boutiques et de dérnliscr les magasins de la Cité. On se rapp<"lle encore l'émotion prorondc produite en Europe, dixhuit mois avant, par les incidents du 8 février 1886. Le Londres de la souffrance, tout un peuple de malheureux primitifs, que la. miscre a fait rétrograder à l'état de sam·ageric dans la capitale même de la ci\'ilisation industrielle, apparut cc jour-là, et cette apparition fut terrifiante. Il y eut dans cette masse un éclair de colérc et le Londres bourgeois trembla. Mais les plus effrayés furent encore les socialistes qui sa,·cnt qu'une masse de misérables poussés par le seul mobile sau\'agc de la faim sont impuissants â faire a\'anccr d'un pas le progres social qui doit donner du pain à tous. Aussi, se souvenant de la journée du 8 février 1886, à Trafalgar . qua.rc, en 1887, les chefs du parti ;;ocialiste anglais firent leur possible pour é\'itcr les sccncs de l'année précédente. Cc dont M. Yalcra les blàmc, tandis que nous les louons. On comprend que nous ne saurions analyser cette série de croquis pris sur le \'if des mœurs anglaises. Bornons-nous à signaler les chapitres sur la prostitution, l'hypocrisie du cant, le systémc judiciaire immoral qui provoque à la tlélation par les primes et l'impunité assurées aux délateurs; les prêcheurs de mes, etc. Un portrait de Burns, l'orateur des meetings, est lestement enlevé. En rnici quelques traits: « Il incarne la révolte <lutravail. En lui est le ferment des mas!lcs. Sa voix tonne dans le ciel capitaliste comme le hurlement des génération~ accablées, qui protestent au nom de ceux qui sont morts à la tâche et pour ceux qui mourrnnt encore, toujours, à la peine du la.beur. S0n poing est un poing de menace collective, comme sa phrase affolée, semée de néologismes, d'idiotisme, d'expressions londoniennes, est le langage énergique, grandiose, sculptural de la foule. 11est fort comme un lutteur de cirque. Large d'épaules. De grands yeux où se rcflctcnt des pensées intimes. Une douceur féminine, a,·ec la fulgurance de la colcre léonine. Sur son \'isage flotte un sourire méla.ncolifjue ... » Tous les Anglais ne sont donc pas des hypocrites et les affreux John Bull •1ue !\I. Yalcra exècre si cordialement'/ Gt.:STAVE Rou.\lŒT. La fin d'une légende (\'ie de Jeanne Darc), par Ernest Lcsignc, Ch. Bayle, éditeur. « Pourquoi <létrnire cetlc légende'/ se demande l'auteur dans sa préface. " Parce que la vérité lui est mille fois supérieure; parce qu'il est faux que la France ait dù attendre d'une pucelle son salut; parce qu'il est faux que Jeanne Darc ait sauvé la France; parce qu'il est inique de dépouiller tout un peuple de sa gloire, chèrement acquise, pour en re,·éti1· une seule personnalité, fùt-cc une femme, fùt-ce une vierge. " Ernest Lesigne a oublié une raison, parmi celles qu'il donne. Il faut détruire les légendes parce que cc sont des légendes. De partout les toiles peintes qui masquaient la vérité tombent en lambeaux. L'histc,irc prend la place de la légende, le document se substitue à l'hypothèse, les réalités aux apparences. Il peut se trouver de bonnes âmes pour le regretter, au nom de la poésie.

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