La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

4ï8 L:\ HEVUE SOCI:\LISTE Le grand juriste anglais ~Iacaulay écrit dans son Histoire constilHtionnelle de L-ingleten·e : « Punit· un homme parce qu'on infère de la nature de quelque doctrine qu'il soutient, ou de la conduite d'autres personnes qui soutiennent la même doctrine, qu'il a dû commettre tel ou tel crime, c'est de la persécution et, clans un cas comme dans l'autre, c'est injuste enfin. » On dirait que ces mots ont été écrits comme un commentaire à notre procès. L'accusation nous charge du crime d'assassinat, en donnant comme preuYe que nous sommes anarchistes, que nous soutenons certaines doctrines. C'est bien par une référence de la sorte qu'indique Macaulay qu'on conclut à notre culpabilité. * Le ministère public <lit au jury: « Le témoignage des témoins à <lécharge n'a pas de Yalcur, car cc sont des socialistes et des anarchistes. »·Macaula)·, critiquant l'incapacité ciYilc des juifs, écrit dans ses Essais (I, 301) : « Tirer des doctrines ou des croyances d'un homme une conséquence sur sa conduite, est un procédé de controverse qui manque de noblesse; en fait de gouYerncmcnt, c'est une atrocité. Jl est tout à fait impossible de conclure des opinions qu'un homme professe à ses sentiments et à ses actions, et, de fait, personne n'est assez fou pour faire des inductions de cette sorte, à moins qu'il ne cherche un pi·éte.cte à la 1,ei-sécution. Demandez de quel d1·oit la police attaque une réunion paisible de citoyens, et annule du coup le droit constitutionnel de la liberté de la parole et de la liberté de réunion, on Yous répond: « La liberté n'est pas la licence. » Quel sophisme! Si je prends en main la cause de certains changements dans lrs affaires sociales, si j'enseigne certaines doctrines qni déplaisent à mon voisin, est-il pour cela fondé à se débarrasser de moi, sous prétexte que la liberté n'est pas la licence et qu'il a la force pour lui? Si la liberté existe naiment, que veut dire le mot « licence »? La suppression de la liberté, sous quelque forme que ce soit, voilà la vraie licence. Licence et privilège vont ensemble; ce sont les privilégiés qui se plaignent de la licence que prennent les dcshérités. Egalité et liberté sont sœurs. On n'est pas lib1·c si l'on n'est l'égal de tous. Notre constitution ne parle pas de la distinction entre la liberté· et la licence; ce sont les ennemis de la liberté qui ont fait cette découvct·te. La liberté ne peut avoir d'autl'es restrictions naturelles. Combien est-il monstrueux de penser qu'un policier peut décider du

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