LES ANARCHISTES DE CHICAGO 4ï7 Le grand Jury qui nous traduisit en jugement, dont M. Dreyer était membre, fut manipulé par Grinnel, et lança une proclamation au public à la fin de la session. « Ces hommes, disait-il en parlant de nous, ont agité - ainsi s'exprimait le factum - la question du travail dans des buts mercenaires. Une petite coterie en possession tle l'Arbeiler Zeitung a, depuis plusieurs années, joué les politiciens. Ils ont, et avec succès, cherché à s'acquérir, par des voies malsaines, une grande influence politique. ·>> Je le répète, :M. Dreyer était membre d'un corps qui lança la proclamation dans laquelle on trouve de telles choses. Il était vraiment bien fait pour être impartial. Je note cette particularité, parce que M. Dreyer était trésorier du comité central démocrate pendant la campagne Cleveland. Voici ce qui arriva pendant cette campagne: le susdit comité, par l'intermédiaire de l'un de ses agents, M. Lugner « m'offrit ;f'. 5,000 à '10,000. >) Tout cc que nous demandons de vous - telle fut la condition - c'est de ne rien dire contre Cleveland. Nous n'exigeons pas que vous fassiez campagne pour lui. » Vienclra-t-on me soutenir que le trésorier du comité de campagne ne savait rien de cette tentative de corruption? Je suis bien sûr qu'il était au courant. Il n'ignorait pas non plus, j'imagine, que l'offre avait été repoussée avec indignation par ce coquin mercenaire qui s'appelle Spies. Aujourd'hui il crie : « Arrêtez le voleur! » C'est un truc connu des petits voleurs - et des grands. * * Dans son discours d'ouverture au Jury, Grinnel dit : << Ce sont tous des lâches, excepté Fie/den. Fielclen est le seul qui ait eu Je courage de ne pas lâcher pied et de faire feu. » A cette époque, rrrinnel n'avait pas encore fait son siège. Il n'avait pas définitivement fixé son scenario. Les personnages du drame n'étaient pas encore distribués. Je n'étais pas encore celui qui frotte l'allumette pour allumer la mèche de la bombe. Autt-ement l'honorable « gentleman » ne m'aurait pas refusé un semblable compliment. « Si, ditil encore clans son plaidoyer, M. Fielclen a lâché pied et n'a pas fait feu, alors il n'est pas l'homme brave que j'ai supposé. » Maintenant, si c'est un fait digne d0 éloge pour Fielden, d'avoir fait feu,. et si c'est une lâcheté de ne pas avoir fait feu, quelle déduction tirer de cette position de la question ? Qu'un homme qui se défend personnellement contre les attaques de la police est un ennemi courageux, et que celui qui ne se défend pas ~st un lâche ennemi; mais que d'ailleurs, dans ·1esdeux cas, la punition est la m_ême. , Quelle logique !
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