La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

L'AGITATION SOCIALISTE EN NORVÈGE qu'il s'agira de repousser une réforme économique ou autre. Les soubresauts politiques ne sont pas sans exemple dans l'histoire de la Norvège, et tout permet de supposer que la domination des conservateurs aura pour terme fatal les élections de 1893. Le parti socialiste a-t-il quelque chose à espérer des prochaines batailles électorales? Une inflexible destinée le condamne-t-e~le au contraire à rester simple spectateur d'un jeu de bascule qui p,wtera alternativement au pouvoir réactionnaires ou libéraux? et n'avoir pour avt>cats au sein des chambres que des amis discrets, qui se transformeront insensiblement en adversaires courtois, pour devenir plus tard, par la seule marche des événements, des ennemis irréconciliables? Il semble que les socialistes n'aient guère le droit de compter sur un triomphe électoral, tout au moins pour les élections de 1893. Le suffrage universel et direct n'a pas encore pris rang parmi les institutions politiques de la Norvège, et les classes ouvrières ne peuvent raisonnablement nourrir l'espoir de forcer les portes du suffrage à deux degrés. C'est sous ce régime qu'auront • lieu nécessairement les élections prochaines, la Constitution ne pouvant être revisée que par le Storthing qui succède à celui qui a été saisi du projet de revision. Les assemblées primaires, clans l'état actuel des choses, sont accessibles aux seuls citoyens justifiant d'une certaine fortune et remplissant certaines conditions de domicile. La qualité d'éligible, d'un autre côté, n'est conférée qu'aux électeurs âgés de trente ans et domiciliés depuis dix ans dans le royaume. Il est probable que les efforts tentés par les socialistes pour se faire une place clans les deux chambre!'-, seront, pendant longtemps encore, rendus illusoires par ces restri~tions diverses. La majorité du Storthing restera entre les mains des conservateurs ou passera dans celles de iibéraux de l'école de Suerdrup, q•.üont montré à maintes reprises avec quelle facilité. ils savai_ent tendre la main à la droite, quand leur intérêt électoral était en jeu. Les codes norvégiens ne s'enrichiront peutêtre même pas de ces modestes lois économiques par lesquelles les parlements européens cherchent à persuader aux classes ouvrières ' qu'une puissance tutélaire prend souci de leurs peines et s'applique à calmer leurs douleurs. Dans le discours lu à l'ouverture de la session du Storthing, le 3 janvier 1890, le roi promettait d'apporter tous ses soins à la réforme de la législation sur les fabriques. 8imple caprice d'un souverain, mû évidemment par le désir de . transporter sur une plus petite scène la comédie qui a pour théâtre l'Allemagne et pour principal acteur l'impérial apôtre du socialisme d'Etat! Est-ce à dire que la Norvège soit condamnée à attendre de longues années encore l'avènement d'un régime économique moins dur 31

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