L'AGITATION SOCIALISTE EN NORVÈGE 471 au service de l'œuvre patriotique, une activité à laquelle il convient d'attribuer la plus grande part de son succès. De tous côtés, les bourses se vident entre les mains des dames quêteuses, qui savent avec un art infini exploiter les petites Yanités personnelles ou locales, et amener les indifférents eux-mêmes à emboiter le pas derrière les enthousiastes et les chauvins. Pendant que les souscriptions s'organisent de toutes parts, radicaux et socialistes suivent avec attention ce mouYement patriotique qui pourrait, si l'on n'y prenait garde, revêtir, d'ici à peu de temps, un tout autre caractère. Quand on parla pour la première fois de transformer la Norvège en puissance guerrière, mille voix en une confondues huèrent les apôtres du militarisme naissant. Les orateurs de la gauche, depuis de longues années, s'étaient fait, au sein du Storthing, les avocats de la réduction du service mi liLaireet de la suppression des périodes annuelles d'exercices. La proximité des élections, fixées au mois d'août 188!), inclina certains libéraux vers une politique moins intransigeante et ils se mirent, comme les conservateurs, quoiqu'avec plus de résen·e, à réclamer des fortiflcations pour les villes et des torpilles pour les ports. « Dans une Union, disait dernièrement le Dagblad, un des organes <le la gauche, il n'est pas bon que l'un des cocontractants soit plus fort que l'autre ; cela nuit à la considération réciproque, base de toute entente sérieuse (1). » Encore plus hésitante a été l'attitude du parti radical, dont les chefs semblent avoir voulu jusqu'au dernier moment séparer leur cause de celle des rêveurs de victoires. Aucuns d'entre eux, clans un but facile à comprendre, ont fini par donner une adhésion discrète au mouvement, et M. Bjernstjerne Bjornson s'est emparé avec empressement de l'occasion qui lui était offerte pour ravivP-r une vieille plaie et attaquer avec violence le régime créé par la constitution d'Eisvold. La Suède, selon lui, nourrit envers la Norvège une haine qui ne tarderait pas à engendrer des actes de violence, si les patriotes norvégiens ne se mettaient bien vite en mesure de repousser la force par la force. C'est dans ce but, hautement avoué, c1u'il a prêté son concours d'homme politique et d'écri,·ain à une œuvre entreprise par ses anciens adversaires. La stupeur causée par ces déclarations chez quelques-uns de ses anciens amis, les attaques violentes dont il a été l'objet de la part de Verdens Gang, son ancien compagnon de luttes, n'ont pu le décider à donner à sa pensée une forme moins inquiétante pour le gouvernement de Stockholm. La droite avec ses principaux chefs, une fraction importante de la gauche et le parti ministériel dont le leader, M. Oftedal, a fondé un (1) N• du 27 novembre 1889.
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