La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

• L'AGITATION SOCIALISTE EN NORVÈGE 4W puissance du capital. Le journaliste André Schaft, récemment condamné pour blasphème, donna son concours sans réticences, et peu de temps après Bjernstjcrne Bjornson, le célèbre poète norvégien, manifestait d'une façon non équivoque sa sympathie pour la cause des ouvrières. Il ménagea entre les repeésentants de celles-ci et les dirnctcurs des deux fabriques une entrevue qui n'aboutit à aucun accord, et hasarda, à la suite de cet échec, une démarche de nature à provoquer le sourire de quiconque ne connait pas la situation intérieure avec laquelle sont obligés de compter les partis avancés de la Norvège. S'étant rendu chez l'évêque Essendrop, il l'adjura, au nom de la charité chrétienne, de mettre son innuence pastorale au service des faibles et des déshérités. Il s'efforça ùe lui persuader qu'il y avait socialisme .et socialisme, qu'on pouvait être socialiste sam, donner la main aux. gens qui font sauter les empereurs et traitent la religion en ennemie dont on ne saurait trop hâter la fin. Son socialisme à lui ressemblait à celui de Gambetta. Comme le grand orateur français, il croyait à l'existence, non d'une question sociale, mais de nombreuses questions sociales, qui se posent un jour, et qu'un peu de bbnne volonté de la part des intéressés en présence suffit pour résoudre le lendemain. Ces beaux discours ne purent avoir raison de la réserYe cauteleuse de l'évêque. Le prélat ne marchanda pas les bonnes paroles à son interlocuteur, mais il se retrancha finalement derrière son grand âge et récusa une mission qu'il déclarait être au-dessus de ses faibles forces. M. Bjernstjerne Bjornson dut chercher un autre moyen de venir en aide à ses clientes, qu'il a du reste soutenues de toute la force de son beau talent. Le mois de novembre s'écoula sans amener la fin de la grève. Les manifestations prenaient chaque jour un caractère plus bruyant, et maintes bannières rouges, audacieusement promenées à travers les rues, eussent scandalisé Joseph Prudhomme en villégiature à Christiania. Les grévistes avaient adopté un cri de ralliement bien en rapport avec les nécessités de leur situation matérielle : :c. Pas de victoire sans combat, pas de combat sans argent! ,> L'argent afnuait _chaque jour davantage dans les aumônières des quêteuses, et la bourgeoisie elle-même dénouait les cordons de sa bourse. Les ouvrières, grâce à ces souscriptions, Yersées pour la plupart par des mains inconnues, furent en mesure de prolonger fa lutte jusqu'au moment où les directeurs comprirent que leur intérêt bien entendu leur commandait de céder. La durée de la journée de travail fut réduite dans les deux fabriques, et un accord intervenu dans les premiers jours du mois de janvier 1890 fix~ d'après de nouvelles bases le prix minimum de la main-d'œuvre. A cet actif concours prêté à la cause des grévistes, ne s'est pas

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