La Revue socialiste - 1890 - Tome XI - vol 01

468 LA REVUE SOCI.\LISTE manifestations socialistes de l'ancienne Europe, que les confiscations <le bannières et les horions. La police laissa déployer le drapeau rouge dans les rues de b capitale, toléra les cri::-séditieux, et contempla avec indifférence des manifestants qui semblaient pour ·uivre un tout autre hut que celui cle faire pièce au ministère Svcrclrnp. Une grèYe formidable, survenue dans les premiers jours <lel'automne, fournit nu parti socialiste un terrain sur lequel il pût cssaye1· ses premiers pas. Il existe à Bryn et ù GriinYold, villages situés aux portes de Christiania, deux grandes fabriques d'allumettes occupant de nombreuses ouvrières. Ces établissements se trouvaient dans des conditions sanilaircs déplorables, et la manipulation clu phosphore, dans des ateliers mal aérés, faisait chaque mois de nombreuses Yictimes. Les directeurs semblaient au reste avoir pris à tâche de justiflcr b fameuse théorie de la loi d'airain, et le salaire des ouvrières, successivement réduit depuis 18K7,leur permettait à peine de satisfaire aux premières nécessités de la vie. Aucune entente n'ayant pu s'établir entre patrons et salariées, le travail fut brusquement suspendu dans les deux fobric1ucs. Le succès ou la défaite des grévistes devait exercer une grande inOuence sur les destinées ultérieures du parti socialiste norn;gien. D'un premier engagement dépend sotn-ent le sort d'une guerre, et l'échec de Jcppcscn et de ses amis, survenant après une entrée en campagne, eût glacé bien des enthousiasmes et ajourné bien des adhésions sur lesquelles on était en droit de compter. Rien ne fut en conséquence négligé par les chefs du parti socialiste pour assurer le succès des grévistes. Ils convoquèrent une assemblée générale des ouuièl'cs qui se tint le 2Goctobre sous la présidence de Jeppesen, et firent élire un comité d'action composé de trois femmes appartenant à chacune des deux fabriques, du D' Nissen et tle 1'1. Helle Dcvold, membre de la Société po1lr l'énicmcipation f'éminine. Le lendemain, nouveau meeting où les orateurs accentuèrent cc r1uc, dans la langue officielle d'autres pays, on eût appelé le caractère séditieux de leurs discours. Les directeurs des deux fabriques, !1airant un danger sérieux pom· le dividende de leurs actionnaires, s'étaient mis en frais de concessions. Ils consentaient sans difficulté à la réduction de la journée normale du travail, restant inébranlables sur tous les autres points, notamment sur la question des salaires. Les ouvrières ne pouvaient se contenter d'une demi-victoire: elles restèrent sourdes à toutes les propositions d'entente qui ne contenaient pas la réalisation pure et simple de leurs desiderata. Pendant que la grève continuait sous l'énergique impulsion des chefs du parti socialiste, le parti radical prêtait un appui plus ou moins efficace à cette première tentative de révolte contre la toute-

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