LE DROIT ÉCONOr-IIQUE 4(i l et ses pr6lèvements, le nombt·e des détenteurs d'actions et d'obligations peut s'accroître sans que pour cela s'accroisse le nombre des satisfaits. Un très grand nombre de petits industriels et commerçants rejetés dans le prolétariat, ou tout au moins clans le salariat, sont devenus de ce fait possesseurs d'actions et d'obligations qu'ils n'eussent pas songé auparavant à acquérir. Devant la concurrence écrasante du grand magasin et de l'usine, ils n'ont pas tous attendu la faillite pout· liquider leur situation et abandonner la partie. Même beaucoup d'entre les faillis ont sauvé quelques bribes <lel'avidité des syndics. Que faire de cet argent liquide? On le convertit en papier afin d'assurer à sa vieillesse le repos et la sécurité. On ne touche pas à cc capital et l'ont vit chichement de l'emploi qu'on s'est procuré, car c'est dans cette petite bourgeoisie que se trouvent les qualités d'épargne tant appréciées des économistes. Dira-t-on de ces milliers d'artisans et de boutiquiers ruinés qu'ils sont des capitalistes, des rentiers, parce que chacun d'eux a sauvé trois ou quatre milliers de francs de son désastre? Ce serait de l'ironie, et de la plus cruelle. Faut-il aussi classer parmi les capitalistes les détenteurs d'actions tombées au prix du papier, fonds turcs, Panama, Galions de Vigo et autres valeurs mortes? Nous verrons plus loin à qui profitent les crises financières et quelles en sont les vraies victimes. Pour le moment, constatons que c'est dans le petit actionnariat que les crises financières font les plus grands ravages. Une des causes encore du nombre élevé des détenteurs d'actions et d'obligations est celle-ci: moins clans le but de démocratiser le capital et de généraliser l'épargne que dans celui d'agioter sur de grandes masses, des compagnies se sont formées pour la vente à tempérament des obligations à lots. Comme l'acheteur de ces valeurs n'en devient propriétaire qu'après complète libération, et que des versements toujours majorés de primes constituent un joli fonds de roulement aux sociétés financières qui se livrent à ce trafic, on voit d'ici tout le parti que d'habiles manieurs d'argent peuvent tirer d'une telle machination. Ne parlons que pour mémo~re de ceux qui vendent <lestitres fictifs ou vendent deux ou trois fois le même titre simultanément ou succcessivement lorsque le premier ou le second acquéreur n'ont pu continuer leurs versements mensuels. Voilà bien des actionnaires, et voilà bien des malheureux. C. - Par l'extension du capitalisme à toutes les branches de la production et de la circulation, le nombre des intermédiaires est réduit au strict nécessaire. C'est là un progrès, en effet, qu'une pièce de dentelle ne passe plus, dans son traj'et de la fabrique au domicile de la belle dame qui s'en parera les épaules, par les main1l ' d'une demi-douzaine d'intermédiaires unis dans un-étroitcompérage
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