456 LA RE\'UE SOCIALISTE Le discours n'est pas à la hauteur de l'exorde, car la réforme que propose Henry Georges vise ~oins à exproprier les détenteurs actuels du sol, qu'à assurer à l'Etat, c'est-à-dire à la société entière, le bénéflce intégral de la rente foncière. Avec Ricardo et \Vallace, Georges considère cette dernière comme le produit du progrès de la ciYilisation, le résultat accumulé du traYail d'innombrables générations. En abandonner la jouissance exclusive à quelques indiYidus, c'est dépouiller la collectivité. En conséquence, l'économiste socialiste américain propose la conversion de la Société de la rente foncière, déduction faile de l'apport du travail et du capital en impôt prélevé par l'État, et l'abolition de tous les autres impôts qui grèvent aujourd'hui la population. La perception de cet impôt unique serait laissée aux propriétaires actuels, qui en toucheraient une partie à titre d'indemnité pour le service rendu. Selon l'auteur de Pl'ogress and Poverty, cette réforme suffirait à elle seule à opérer une véritable transformation économique et sociale. Inéluctables en seraient les résultats: un essor nouveau imprimé à la production, désormais dégreYée de toutes charges, puisque, comme en Chine, le seul et unique impôt frapperait le monopole de la propriété foncière; la nation, redevenue indirectement propriétaire du sol, la rente foncière, ce fruit de l'ccnvre collective du progrès, étant désormais employée aux besoins de tous les membres de la collectivité ; la possibilité, enfin, pour le grand nombre, de devenir acquéreur du sol, dont le prix baisserait beaucoup et deviendrait preS<[UCnul pour les terres non cultivées et non plantées, sauf l'obligation d'acquitter l'impôt foncier. Solution incomplète, fait justement observer 1\1.de Potter (1), le collectivisme agraire n'existe réellement que si le sol est également mis à la disposition de tous, et si la rente socialisée de la terre est bien employée au profit de tous. Pour que la première condition soit remplie, il faut qu'en droit et en fait l'État soit le seul propriétaire du sol et que, ne pouvant l'aliéner, il se réserve de l'affermer aux collectivités plutôt qu'aux individus. La seconde condition exige une série de mesures qui seront amplement développées dans l'une des suivantes études du présent travail. En ces pages, nous avons simplement voulu établir: 1 ° Que la propriété individuelle n'est qu'une catégorie historique, puisqu'elle a été précédée d'une longue période de propriété collectiYe (parentale, tribale ou communale) ; 2° Qu'elle a le droit de conquête pour père et la confiscation pour mère; 3° Qu'elle a été l'aiguillon meurtrier et la consécration impie de
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